02 janvier 2007

DE LA SEINE A l'AISNE

Nous évoquerons ici quelques aspects seulement de « La Marne » et dans la région où se trouvait le 18e CA,  à l’ouest du dispositif. Si avec le recul du temps et la connaissance des évènements qui en furent le prélude, cette bataille peut paraître simple dans son schéma, elle est très complexe dans les détails de son déroulement comme de son issue…

Genèse de la bataille

La victoire (partie ouest)

- 6 septembre -

Depuis la veille, la VIème armée Maunoury est aux prises avec le IVème CR. Cet engagement prématuré dû à une avance imprudente et insuffisamment éclairée par la cavalerie alerta s’il en était encore besoin Von Kluck sur le danger qui le menaçait du côté de son aile droite. Mais le matin de ce 6 septembre, personne dans le camp ennemi ne soupçonne une attaque générale sur tout le front, de Paris à la Lorraine.
A la gauche de la
Ve armée, le 18e CA attaque dans l’axe Montceaux-Lès-Provins - Montolivet. Il a devant lui le IIIème CA de la 1ère armée VK dont les éléments occupent la ligne Montceaux - Sancy à 5 km au nord. Pour la première fois depuis le début de la guerre ces troupes allemandes ne sont pas des avants mais des arrières gardes qui couvrent le repli du IIIème CA rappelé par Von Kluck.

Après une violente préparation d’artillerie (enfin quelques leçons du mois d’août retenues…) le 123ème RI occupe Montceaux-Lès-Provins vers 22h. Le 57 reste en réserve et va bivouaquer aux lisières sud de Villiers-St Georges, les habitants distribuent du pain aux soldats. Petite journée pour Raymond et ses camarades, 4 km seulement, longues attentes à l’abri d’un bois ou du ravin d’un ruisseau.

- 7 septembre -

Au lever du jour le régiment se remet en marche et vers 7h stationne sur les rives de l’Aubetin près de Champcouelle. Dans l’après midi il traverse Montceaux-Lès-Provins et Raymond voit pour la première fois l’effet dévastateur de l’artillerie sur un village. Des maisons écroulées et incendiées, des voitures démolies et leurs attelages tués, des débris de toutes sortes jonchant les rues. Une centaine de blessés allemands abandonnés dans des ambulances lors du replis précipité sont dirigés vers Nogent-Sur-Seine. A la fin de cette deuxième journée « promenade », 14 km, le régiment est au bivouac à la ferme des Bordes, près de Réveillon.

Sur le front nord-est de Paris, la tentative d’enveloppement de l’aile droite allemande est un échec. Arrêtée net le 5 septembre par le IVème CR, la VIème armée Maunoury malgré de furieux engagements ne peut progresser le 6 et des renforts allemands arrivent, Von Kluck revient… C’est tout d’abord le IIème CA, puis le IVème, et enfin les IIIème et et IXème qui quittent le front de la Vème armée pour se diriger à marches forcées direction nord-ouest… En effet, VK rejette la solution défensive face à Paris et porte donc toute son armée sur Maunoury qu’il veut envelopper totalement, profitant de la position très en retrait des anglais et de l’attitude hésitante de French qui ne bouge pas son armée malgré les interventions pressantes de Galliéni :
« Je prie instamment le maréchal French de bien vouloir de son côté porter son armée en avant, conformément aux instructions du général Joffre, de manière que l’offensive générale prévue pour aujourd’hui soit bien générale et pour qu’il y ait entre les diverses armées une concordance qui seule peut assurer un succès décisif ».
French a devant lui la puissante cavalerie allemande. Cette cavalerie d’armée, très mobile, dotée de mitrailleuses et d’artillerie est très experte également dans les combats d’arrière garde. Elle couvre ainsi le retrait des corps d’infanterie qui se portent sur Maunoury. Elle n’aurait cependant pas pu résister longtemps face aux trois corps d’armée anglais, mais comme le souligne Von Kluck : « Heureusement pour nous, le commandant en chef anglais n’était pas un Blücher ». Il fallait que VK agisse très vite pour liquider Maunoury avant l’entrée en lice des anglais et la partie s’avérait périlleuse pour la 1ère armée. Le 7 au soir : « Nous attendîmes le lendemain avec inquiétude. Quand les anglais allaient-ils apparaître sur la Marne ? »

- 8 septembre -

La gauche de la Vème armée n’a plus en face d’elle que des arrières gardes d’infanterie et de cavalerie, la droite fait face à la 2ème armée Von Bülow. Avec le retrait de Von Kluck et les mouvements de ses CA une brèche se creuse, un vide, entre les 1ère et 2ème armées allemandes…

Le 57 quitte Réveillon à 6h et franchit le Grand-Morin à Villeneuve-La-Lionne, au même endroit que le 5 septembre à la fin de la retraite. Il s’arrête près de Montolivet pendant que le régiment frère, le 144ème RI, refoule sur les abords du Petit-Morin des éléments de cavalerie. Vers 16h le passage est libre. Evitant des zones battues par l’artillerie allemande, avançant avec précaution, toujours au contact avec les arrières gardes ennemies, la 70e Bde est en fin de journée à 1 km au nord de La Celle-sous-Montmirail, après un parcours « tranquille » de 15 km. L’ennemi recule, le moral remonte. Le régiment s’installe au bivouac. Il pleut, et les hommes s’abritent comme ils peuvent contre des meules de paille. Au début de la nuit des coups de feu claquent, accrochages de patrouilles avec des groupes ennemis, puis c’est le silence jusqu’au matin.

- 9 septembre -

Au nord de Meaux, Maunoury est dans une situation plus que délicate... C’est la bataille de l’Ourcq. La VIème armée, malgré une résistance acharnée est à bout de force. Elle devait attaquer la 1ère armée allemande sur le flanc et sur l’arrière et se retrouve dans une situation inverse aujourd’hui. Pressée sur son front, elle voit surgir sur sa gauche le IXème CA arrivé avec le IIIème après des efforts de marche inouïs. De plus, pour arranger le tout, elle est menacée sur son arrière gauche par une brigade d’infanterie, et bloquée sur sa droite par la Marne, en aval de Meaux.
La 2ème armée Von Bülow a replié son aile droite sur une ligne Margny - Le Thoult, et c’est maintenant une brèche de 40 km qui sépare les deux armées allemandes. Les anglais passent enfin à l’attaque et franchissent la Marne. A Montmort, au QG de Von Bülow, les bagages sont prêts depuis la veille et le commandant de la 2ème armée ordonne la retraite le matin de ce 9 septembre. Il connaît l’ampleur de la brèche, il pense que la 1ère armée est dans une situation de grand danger et qu’il est hors de toute possibilité de l’aider. Au QG de VK, à Mareuil, le lieutenant-colonel Hentsch (l’envoyé de Moltke) qui a pouvoir de la Direction Suprême d’ordonner la retraite des armées dans le cas où la situation l’exigerait, ne peut que donner cet ordre après la décision de Von Bülow. Von Kuhl, le second de Von Kluck, s’étend longuement sur cet épisode dans ses mémoires. Il écrit que la 1ère armée n’était nullement en mauvaise posture, que la défaite totale de Maunoury était imminente, les anglais pouvant être contenus sans difficulté sur la Marne, et il tient pour clairement responsable Von Bülow qui aurait pu pendant ce temps contenir la Vème armée. « C’est à Montmort (QG VB) et non à Mareuil (VK) qu’est survenue la décision ». Et pour en finir, un autre extrait :
« Telle était la situation quand une brèche s’offrit inopinément à Joffre dans le front de bataille allemand à l’ouest de Montmirail. Au lieu de l’enveloppement ce fut la percée commençante qui conduisit au but et qui, contre toute attente renversa la situation par ailleurs entièrement défavorable. C’est là « le miracle de La Marne ». Le résultat en fut un grand succès français.
C’est discuter vainement que de chercher si les français sont en droit de le qualifier de victoire. Nous avons évacué le champ de bataille. Le désavantage essentiel de la bataille de la Marne fut pour nous le coup qu’en ressentit notre prestige militaire. La France respira au moment où elle était sur le point d’être vaincue. C’est de là que datent le raffermissement de sa force de résistance et sa foi en la victoire finale ».

Le soir les colonnes de tête du 18e CA sont à quelques kilomètres de Château-Thierry. Le 57, toujours en queue du CA bivouaque près de Rozoy-Bellevalle. 8 petits kilomètres aujourd’hui. Le ravitaillement arrive et on fait la soupe.

- 10 septembre -

A l’aube un renfort de 474 soldats conduit par deux sous-officiers et un lieutenant arrive enfin. Débarqués loin du front avec 4 jours de vivres, ayant erré pendant 6 jours à la recherche du régiment, ils ont du faire leur pain eux même avec de la farine achetée par le lieutenant. C’est finalement le fils du colonel Debeugny (le Cdt du 57), engagé volontaire et faisant partie de la troupe, qui est parti en vélo à la recherche du régiment puis l’ayant enfin trouvé est revenu renseigner l’officier.
Les compagnies sont reconstituées à 200 hommes environ, certaines sont commandées par de jeunes sous-lieutenants, le manque d’officiers se fait sentir, août 14 est passé par là…
Le régiment lève le bivouac à 8h et gagne Château-Thierry où il cantonne dans le quartier sud-est. La ville a été pillée et saccagée et les maisons portent les traces de combats de rues. Couraud écrit que « dans tous les recoins, dans les caves en particulier, on cueille des prisonniers en grand nombre, victimes pour la plupart du bon vin de France »… Admettons...

- 11 septembre -

Le 57e R.I., de Château-Thierry, par Epieds, Beuvardes et Villers-sur-Fère, arrive à Sergy après une marche de 27 km. La fin du parcours est effectuée sous une pluie battante et le soir les hommes allument de grands feux pour faire sécher leurs vêtements.

- 12 septembre -

Le régiment quitte Sergy à 7h. Jusqu'à Mareuil-en-Dôle il remonte la route empruntée en sens inverse le 2 septembre, puis il bifurque sur la droite en direction de Fismes. Les chemins sont détrempés par la pluie et défoncés par les convois d'artillerie, ce qui rend la marche très pénible. Après Chéry il prend un itinéraire qui passe derrière les hauteurs de Saint-Gilles afin déviter une zone battue par l'artillerie lourde allemande installée au nord-ouest de Fismes.
La mission du
18e CA est de s’emparer de Fismes et des ponts sur la Vesle en amont. Vers 15h les zouaves et les tirailleurs algériens de la 38ème DI (rattachée au 18ème CA) prennent Fismes.
Le
57 franchit la Vesle à Breuil puis arrive à Montigny-sur-Vesle où il s’installe en cantonnement après un parcours de 27 km effectué en grande partie sous la pluie.

Depuis le 10 septembre, la poursuite des armées allemandes est engagée. D’abord lente et hésitante, le repli ennemi étant passé inaperçu en de nombreux points, elle s’accélère un peu plus maintenant, malgré la fatigue de nombreux régiments. Sur la carte, la situation de Von Kluck n’est pas brillante. Talonné par la VIème armée Maunoury qui, après avoir échappé au désastre, peut maintenant poursuivre le « presque vainqueur de la veille », inquiété sur sa droite par le 1er corps de cavalerie Bridoux (le successeur de Sordet…) qui avance vers la Somme, sa gauche ne peut rejoindre la droite de Von Bülow car anglais et Vème armée d’Esperey avancent vers le nord et le nord-est, interdisant donc à la 2ème armée de s’étendre vers la 1ère. Mais du 12 au 14 septembre, la brèche est colmatée par l’arrivée du VIIème CR et des premiers éléments de la 7ème armée Von Heeringen rameutée d’Alsace dès le 5 septembre. Le VIIème CR était retenu par l’héroïque résistance de la place de Maubeuge depuis le 25 août, et la capitulation a eu lieu de 7 septembre. L’armée Heeringen devra quant à elle faire le grand tour par la Belgique, en chemin de fer d’abord, puis se diriger vers le sud à marches forcées. Mais ces troupes arrivent à temps sur l’Aisne, il n’y a plus de brèche. La 1ère armée est sauvée d’un grand danger, et déjà se dessine de Soissons à la Suisse, une grande partie du futur front de guerre...

13 septembre -

A 5h le régiment quitte Montigny-Sur-Vesle précédé par une reconnaissance du 123ème RI. Ces derniers jours le ravitaillement a été perturbé par les déplacements de troupes, les convois sont arrivés en retard, ou incomplets, ou ne sont pas arrivés du tout. Mais à Ventelay, une bonne surprise attend la 35ème DI.

Ventelay le 13 septembre.
Le général commandant la 35° DI à M. le général commandant le 18° CA.

L’ennemi qui tenait Ventelay cette nuit est parti précipitamment ce matin, vers 4h, au moment où mon bataillon d’avants postes faisait reconnaître les abords du village. Dans sa retraite précipitée il a laissé environ 9000 pains, 30 caisses de conserves, 6 sacs de riz, 6 sacs de sel fin, 1 sac de café. Les distributions régulières ayant fait défaut hier soir, ou ayant été insuffisantes à la 35° DI, j’ai mis la main sur ces approvisionnements et j’en fais la distribution aux différentes unités de la 35° DI au fur et à mesure de leur passage à Ventelay.
Les unités allemandes qui occupaient la région de Ventelay appartiennent au VII° CA.
Le 123° a eu 7 hommes blessés légèrement. On a trouvé deux cadavres allemands. Il a été fait 4 prisonniers provenant tous du 55° Rgt (26°Bde, VII° Corps). Ils disent que leur brigade entière est arrivée hier dans la région, venant de Maubeuge.
Marjoulet.

Après Ventelay, le 57 traverse Roucy. La population acclame la troupe. 12 jours après le passage des casques à pointes ils voient revenir les capotes bleues. Mais ces habitants des bords de l'Aisne n'en ont pas fini avec la guerre... A Pontavert, ils apportent des bouteilles de Champagne cachées jusque là et soustraites aux prélèvements de l'ennemi. Franchissant l'Aisne, la 35ème DI se dirige sur Corbény.
Le 57 est en avant garde, 2e Bon en tête de colonne, 7e Cie en pointe. Raymond était-il "en pointe de la pointe" ?
Vers 9h, à 1500 mètres au nord de Pontavert, après la côte 87, la 7e Cie reçoit quelques coups de feu qui semblent venir de la direction de Corbény. Elle s'arrête, et une patrouille est envoyée reconnaître les lisières du bois de Beau-Marais mais reçoit de nombreux coups de fusils et ne peut dépasser la ferme du Temple. Ces avants postes qui tiraillent dès que l'on se montre sont certainement des éléments de la cavalerie d'armée allemande qui ne pourront résister longtemps à un assaut en règle d'infanterie. (Un compte rendu de situation du 13 septembre, adressé par la 35ème DI au 18ème CA signale à 14h30 que "Corbény ne paraît occupé que par de la cavalerie pied à terre").
L'artillerie réduit au silence ces avants postes, et les unités d'infanterie approchent de Corbény. Les 75 bombardent maintenant le village puis à 19h l'assaut est donné par le 1er Bon "en chantant la Marseillaise" écrit Couraud. Les 7 et 8ème Cies bientôt rejointes par le reste du 2ème Bon et le 1er, entrent aussi dans le village par l'ouest. L'ennemi est refoulé de Corbény que le régiment en entier occupe maintenant et en organise la défense aux lisières nord.

Extrait du Journal de Santé du régiment: ...13 septembre, Corbény. Tout le personnel médical se rend à Corbény avec les blessés. Dans le village nous trouvons derrière l’église quatre morts et une douzaine de blessés du 1er bataillon. Tout le mal a été fait par un obus français tombé sur le village au moment de l’attaque à la baïonnette de Corbény par le 1er bataillon. On décide de former le poste de secours à l’église où se trouve le matériel de couchage nécessaire (matelas), car la deuxième section de l’ambulance de la garde impériale allemande s’était installée à l’église et à la mairie de Corbény avant nous. Les blessés sont portés à l’église. La plus grande partie des morts et des blessés de la journée appartiennent au 1er bataillon. Au total nous comptons une trentaine de blessés et huit morts. A la mairie nous trouvons une vingtaine de blessés allemands gravement atteints avec cinq infirmiers et un médecin de réserve. Le personnel médical allemand et les blessés sont traités avec tous les égards possible.

Le 1er bataillon était mené par le commandant Picot. Promu lieutenant-colonel le 24 septembre 1914 il va commander le 249ème RI jusqu'au 15 janvier 1917, date à laquelle il sera blessé à la tête par un éclat d'obus, à Belloy-en-Santerre dans la Somme. Le côté gauche de la face est gravement atteint, un oeil crevé et une partie de la boite cranienne entamée. Après la guerre il fut un des membres fondateurs et le premier président de l'association des "gueules cassées" (pages 5-6-11). Il a été député de la Gironde de 1919 à 1932.


Le cahier de Constant Vincent - 7ème Cie: (60 Ko word). Du 6 au 13 septembre.
Les carnets de route du sergent Dartigues: (pdf 2 Mo). Du 1er au 12 septembre.


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05 janvier 2007

CORBENY - LA FIN DU REVE

"La fin du rêve" oui, car Raymond et ses camarades, qui n'avaient bien entendu aucune idée de la situation générale, pensaient-ils que cela allait durer encore longtemps ?  En "réserve" et suivant le 18ème CA durant la bataille de la Marne, puis quelques escarmouches avant d'investir Corbény en chantant la Marseillaise et sans pertes ? Pensaient-ils que l'ennemi allait ainsi continuer à retraiter jusqu'au Rhin ?
C'est fini.

- 14 septembre -

Ce croquis montre la situation du 18ème CA dans la région. De gauche à droite, les anglais (W), puis les 38ème, 36ème DI, et enfin la 35ème avec pour finir le 57 à Corbény. La 69ème brigade (6ème et 123ème RI) a une fois de plus (cf "la Sambre") été enlevée à la 35ème DI et mise à la disposition du général commandant la Vème armée. Les 53ème et 69ème DR ayant reculé et s’étant repliées sur Berry-au-Bac (elles n’avaient sûrement pas le choix...) une grande ouverture s’offre à l’ennemi qui arrive en masse depuis Amifontaine pendant que le 57 va subir une attaque à Corbény. On y voit immédiatement le danger, la progression en suivant la rive droite de l’Aisne puis l’enveloppement du 18ème CA au complet.

carte de la région (1913)

14 septembre 11h55
A 10 h Craonne est repris. Je tiens toujours Corbény, mais ma droite est en l’air par suite repli groupe divisions de réserve sur Berry-au-Bac. (Radio du 18ème CA reçu au PC Vème armée à Pargny le 14 à 13h47)

"Ma droite est en l'air"... Les militaires ont leur langage mais il est clair. Cela signifie que l'ennemi peut s'engouffrer sous l'aile droite qui n'est plus protégée.

A 9h, un très violent tir d'artillerie se déchaîne sur les avants postes et le village. 105, 150, 210, l'intensité de ce bombardement et les calibres employés terrifient les hommes applatis au fond de leurs trous individuels ou ébauches de tranchées.

14 septembre 9h30
18ème CA à 35ème DI
A votre gauche, la 36ème DI souffre beaucoup. Ne pourriez-vous pas reprendre un peu la marche à Corbény pour attaquer le plateau de Craonne ?

Réponse 35ème DI à 11h35:
Au moment où j'allais donner l'ordre au général commandant la 70ème Bde à Corbény de chercher à aider la 36ème DI, j'apprends qu'une colonne ennemie, venant du NO descend sur Corbény, qui paraît donc sérieusement menacé. Il m'est donc impossible de distraire aucune fraction de Corbény pour attaquer le plateau.

Le pilonnage dure deux heures, puis l’infanterie allemande passe à l’attaque, mais doit rapidement s’arrêter sous un feu intense de fusils et de mitrailleuses, lesquelles sont enfin placées en première ligne. La fusillade est générale entre les adversaires, mais cet ennemi « qui répond à coups de fusils et n’ose pas aborder de front nos troupes » comme l’écrit Couraud, n’avait-il pas tout simplement pour mission de « fixer » le 57 sur Corbény ? La brèche, sur la droite qui est « en l’air » est d'environ 7 km, de quoi largement laisser passer du gros… L’Etat-Major du 18ème CA a sûrement compris l’astuce, puisque l’ordre d’évacuer Corbény est donné. Le 57 doit se replier sur La Ville-aux-Bois et « établir aux lisières nord et est du village une défense »…
A 14h le repli commence. L’artillerie allemande, avec ses canons lourds, qui ne peuvent être contre-battus par les 75, opère un pilonnage en règle des routes et des chemins (pour empêcher le repli ?). Le régiment parvient tout de même, à travers champs ou par des sentiers détournés à quitter la zone. Mais les voitures ne peuvent sortir de Corbény, en particulier les ambulances. Au cours du bombardement et de la fusillade du matin il y a eu des morts (dont le capitaine Pougnet, de la 6ème Cie), et des blessés. Ces derniers ont été portés dans l’église où fonctionne un poste de secours. Ils y resteront jusqu’à l’arrivée des allemands, avec le personnel médical qui reste auprès d’eux et qui sera fait prisonnier également.

Extrait du Journal de Santé du régiment: …. Le général de brigade Pierron, le colonel commandant le 57 (Debeugny) se tiennent près de l’église. Le médecin chef de service s’entretient avec eux. La situation parait délicate mais aucun ordre ne nous est donné, soit par le médecin chef, soit par le colonel. Confiants, nous continuons notre travail...

L'ennemi ne poursuit pas... Et le 57, arrivé à La Ville-aux-Bois en organise la défense. Le 2e Bon occupe une position le long du chemin qui mène à La Musette, la 7e Cie à mi distance.  Compte rendu de la situation

18ème CA, PC de Pontavert
          Etat-Major, 14 septembre 17h15
d’après les renseignements parvenus jusqu’à 17h15

Nous nous sommes emparés de toute la crête du Chemin des Dames, moulin de Vauclerc jusqu’à Craonne. Nous avons évacué Corbény sans y être forcé par l’ennemi, mais pour relier notre position à celle du groupe de divisions de réserve sans être trop en pointe. Notre droite sera face au NE, tenant: Craonne, le bois de Beau-Marais, La Ville-aux-Bois. Je conserve sur la rive gauche, pour parer à toute éventualité, deux régiments, l’A.C. et l’A.L. J’établis mon Q.G. à Roucy.
Les communications sont très lentes et très difficiles en raison du mauvais état des chemins et des nombreux convois qui les parcourent en sens divers (18ème CA et Corps de Cavalerie). Nous sommes en relation avec les anglais qui, après avoir été repoussés, se portent à notre hauteur et ont même l’intention d’attaquer le plateau. Je les soutiendrai dans la mesure du possible.
Je ne puis apprécier nos pertes qui semblent assez sérieuses. Mr le lieutenant-colonel Croizé-Porcelet de l’A.D.36 et le colonel Capdepont du 34ème d’infanterie sont parmi les blessés. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir m’accorder encore quelques croix et médailles à répartir dans les régiments. La première distribution de médailles qui a été faite a produit le meilleur effet.
19h30, rien de changé à la situation. Je suis arrivé au Q.G. de Roucy.
P.O. Le chef d’E.M. Vuillemot

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06 janvier 2007

LA VILLE-AUX-BOIS - LE CAUCHEMARD

- 15 septembre -

La 35e DI doit tenir ses positions pendant que la droite de la Ve Armée effectue une attaque au nord de Reims. La ville occupée depuis le 4 septembre est libérée le 13 et dès le lendemain commence à subir un violent bombardement. Située en bordure du front jusqu’en octobre 1918 elle sera la cible de l’artillerie lourde allemande, avec des périodes de calme et de bombardements alternées durant 49 mois.

A 7h l’artillerie ennemie commence à tirer sur les positions du 57. Le réglage est effectué depuis les hauteurs de Corbény, les obus tombent sur les positions du 2e Bon. Les morts et les blessés se comptent par dizaines. Vers 11 h l’infanterie allemande apparaît, par petits groupes. Le bombardement ayant cessé, les hommes se sont relevés du fond de leur trous et tiraillent sur tout ce qui bouge, qui semble bouger, ou qui pourrait bouger… L’ennemi s’est applati, abrité, il n’est plus visible mais la fusillade continue et les officiers doivent hurler et siffler pour faire cesser ces tirs inutiles. Ne pouvant avancer, les allemands envoient des colonnes plus au sud, en contournant par l’est le dispositif du 2e Bon. Le 3ème tient le nord du village et le 1er est toujours en réserve au sud-ouest. Vers midi le bombardement reprend sur le 2ème qui subit également des tirs de mitrailleuses. La position est absolument intenable et le commandant du bataillon, le capitaine Triaud, donne l’ordre aux compagnies de se replier sur la lisière nord du bois à environ 200 m. Le décrochage pourtant urgent est dramatique. La sortie des trous et des tranchées se fait sous les obus et les balles, les groupes courent vers le bois, des hommes tombent, les blessés crient, c’est la panique, la fuite éperdue vers le couvert de la forêt. Les sections sont dispersées maintenant, les soldats pénètrent comme des fous dans le bois, l’épaisseur des fourrés les séparent un peu plus, beaucoup continuent à courir, se jetant à travers les taillis, évitant de justesse les arbres, et se retrouvent de l’autre côté du bois où ils s’arrêtent enfin, épuisés, à bout de souffle mais vivants et rassurés, oubliés pour un temps par le canon qui continue à taper sur la position abandonnée. Il faut plus d’une heure aux gradés, pour regrouper la troupe égarée dans tout le bois et la replacer sur les positions prévues à la lisière nord.
L'histoire nous enseigne que la frontière est très mince entre "la fuite en avant" d'une troupe à l'attaque, ou au contraire "la fuite en arrière", et cela de la part des mêmes hommes, sur les mêmes lieux de combats. Il s'en faut souvent de peu pour que les plus courageux soient soudainement pris par la panique contagieuse et c'est la déroute. D'où l'importance du rôle des "chiens de berger du troupeau" (comparaison respectueuse), capitaines, lieutenants et sous-officiers, ceux qui font partie de "l'encadrement" et qui pour la plupart ont choisi le métier des armes. Chacun le sien. Ils doivent commander des amateurs, des soldats paysans ou ouvriers de l'armée d'active, mais aussi des réservistes rappelés de leurs vies paisibles et jetés en quelques jours dans l'enfer.

Pendant ce temps le 3ème Bon subit également une violente attaque; artillerie, puis infanterie qui arrive de plusieurs endroits à la fois. Il est rejeté dans le village où s’engagent des combats de rues, de maisons, avec à plusieurs reprises des charges de groupes à la baïonnette.
Le 1er Bon est envoyé sur les anciennes positions du 2ème, de terribles corps à corps ont lieu dans les sous-bois les allemands ayant commencé à y pénétrer.
La situation est très critique, résistance acharnée tout l’après midi mais on devine que tout peut craquer d’un instant à l’autre. Enfin les 75 interviennent, barrant le passage aux colonnes allemandes qui arrivent sans cesse vers le village, permettant à l’infanterie de desserrer un peu l’étreinte.
Le 123ème RI (69ème Bde) est remis à disposition de la 35ème DI et se porte vers Le Choléra pour barrer le couloir de la Miette entre l’Aisne et le bois de La Ville-aux-Bois.
Le 2e Bon du 57 est alors dirigé sur la route 44 pour faire la liaison avec le 123ème. Traversant un bois aux taillis épais, les 7 et 8ème Cies avancent en tête, précédées de patrouilles car la visibilité n’excède pas une dizaine de mètres. Au moment d’aborder la route, la section de l’adjudant Georges, de la 7e, signale la présence de l’ennemi à 20 mètres, de l’autre côté de la route. Le capitaine Triaud vient alors se rendre compte de la situation. Soudain un tir de mitrailleuse arrose la lisière du bois. Des blessés et deux tués, le capitaine et l’adjudant.
Le capitaine Couraud prend alors le commandement du bataillon et le ramène à environ 200 mètres vers l’ouest, au fond d’une clairière d’où il est possible de tirer avec une vue suffisante. Les allemands poursuivent sous bois mais sont arrêtés à la sortie par le tir des compagnies.

Vers 17h30, l’ordre est donné d’évacuer La Ville-aux-Bois en ruine et les environs intenables. Les bataillons se replient sur la route de Pontavert pendant que les batteries du 24ème RAC interdisent la sortie des bois à l’ennemi. Les hommes sont harassés de fatigue, ils n’ont à manger que quelques biscuits et s’endorment au bivouac sous une pluie battante.

18ème C.A. à Vème Armée
15 septembre 17h30
18ème Corps a perdu bois de La Ville-aux-Bois. Général compte le faire attaquer pour le reprendre ce soir ou demain matin première heure.

« Ce soir ?!... ». On verra demain mon général.
Dans son compte rendu de la journée du 15 septembre, Vuillemot, le chef d’E.M. du 18ème CA, note : « ….L’action de l’artillerie allemande est toujours impressionnante, et par le nombre de projectiles de gros calibres, et en général par la justesse du tir sur les objectifs battus ».
Qu’on se le dise…

- Les frères Richard -

De Saint-Georges d'Oléron, Charente Maritime. Ernest, le grand frère, et Gaston, le petit. 26 et 22 ans. Même régiment et tués le même jour à La Ville-aux-Bois. Déjà, un fils ça fait beaucoup... Mais deux d'un coup... Voir les annonces des familles inquiètes dans le journal Sur le Vif en bas de page. N° du 6 février 1915... Ernest repose à Cerny-en-Laonnois, tombe N°186 . Quant à Gaston...?
(Téléphoné à la mairie pour vérification sur actes de naissances et de décès, remerciements à l'aimable personne qui m'a immédiatement renseigné).

RICHARD

- 16 septembre -

A 3h du matin le régiment se prépare à soutenir l’action du 18ème RI (36ème DI) qui est désigné pour reprendre La Ville-aux-Bois. Le 1er Bon du 57e R.I est en réserve du 18ème RI, les 2ème et 3ème creusent des tranchées près de la route de Pontavert.
A 5h le 18ème RI attaque par le sud, ainsi que 2 de ses cies et le 1er Bon du 57 par l’ouest. L’ennemi est solidement barricadé et il faut livrer le combat rue par rue, maison par maison. L’une d’elles, organisée en îlot de résistance est un véritable fortin. Les sapeurs du génie, couverts par la mitraille de l’infanterie, parviennent au pied de la façade et déposent des charges de mélinite. L’explosion fait écrouler le mur et entraîne la reddition des allemands, un détachement de 135 chasseurs de la Garde Saxonne.
Vers midi le 18ème RI occupe le village mais sa droite est menacée d’être débordée. Le
2e Bon du 57 envoie les 6ème et 7e Cies qui protègent ce côté. Plus en arrière, vers le Choléra, deux bataillons du 123ème et un du 144ème constituent une ligne de défense face à l’est. Mais tout cela reste fragile. Couraud écrit que les troupes sont mal soudées entre elles et ont des missions divergentes, que les unités sont mélangés par suite des renforts et des soutiens des unes vers les autres. De plus, leurs effectifs sont réduits par les pertes subies. Au 57ème la 12ème Cie, réduite à quelques hommes, est supprimée. Le 1er Bon ne compte plus que 300 soldats. Toujours exposées au feu de l’ennemi au moindre mouvement, les unités sont cependant réorganisées. Le commandant Picot prend sous ses ordres une « première ligne » constituée des 2, 3, 4, 5, 7 et 11ème Cies, le capitaine Couraud une deuxième (1, 6, et 8ème Cies), et le capitaine Maury la troisième (9 et 10ème Cies).
La nuit tombe sur des positions aux contours incertains, constituées d’éléments de tranchées, de trous, et dans ces abris provisoires creusés à la hâte en fin de journée, les hommes grignotent leurs maigres rations avant de prendre quelques heures de sommeil, sous une pluie déjà glaciale, protégés tant bien que mal par des toits de branchages et de toile. L’eau s’infiltre partout et la boue fait son apparition.

Trois messages datés du 16 septembre

- 17 septembre -

Au levé du jour l’artillerie ennemie reprend le bombardement. Pilonné durant deux heures, le 18ème RI doit abandonner La Ville-aux-Bois à 10h. A la mi-journée la situation est la suivante : 18ème dans le bois des Buttes à l’ouest de la route de Pontavert, 57ème à l’est de la route, 123ème au sud du bois de La Ville-aux-Bois, position qu’il doit bientôt abandonner découvrant le flanc droit du 57. Les allemands tentent aussitôt de s’infiltrer mais sont repoussés par les 6ème et 8ème Cies.
Dans l’après midi les emplacements du
2e Bon sont traversés par un bataillon du 9ème R.T.A (régiment de tirailleurs algériens) qui doit reprendre à nouveau La Ville-aux-Bois. Raymond, le fantassin landais, voit passer ces combattants au teint mat, coiffés de la chéchia, en dolman bleu et or, pantalon bouffant blanc et large ceinture rouge. Ecrasés sous les obus et les tirs de mitrailleuses ils ne peuvent atteindre le village, subissent de lourdes pertes, et les rescapés sont recueillis par le 57. A la nuit tombée ils se replient sur Pontavert dans leur zone de départ.

- Des jumeaux jusqu'au bout ... -

Les frères Guinodie, 26 ans, de Cadillac-sur-Dordogne, (Cadillac-en-Fronsadais depuis 1926). Même régiment, tués le même jour à La Ville-aux-Bois. Et sans tombes jumelles retrouvées... (Téléphoné à la mairie pour vérification sur actes de naissances et de décès, remerciements à l'aimable personne qui m'a immédiatement renseigné).

GUINAUDIE

- 18 septembre -

Situation connue le 18 au matin

La nuit est relativement calme mais le matin ça recommence, encore et encore, comme les jours précédents, bombardements par calibres 105, 150, 210. Tentative d’infiltration sur la droite du 57 mais qui est repoussée.
Le ravitaillement arrive enfin. C’est le premier arrivage complet depuis 5 jours.
Puis dans l’après midi, enfin la relève ! La 35ème DI cède la place chaude à la 2ème (1er CA). Le 57ème est relevé par le 8ème de Saint-Omer. Raymond et ses camarades ont du échanger des mots d’amitié avec ces soldats « chtimis » venus du Pas-de-Calais et à l'accent bizarre, lesquels devaient trouver celui des gascons tout aussi curieux.
Les compagnies quittent leurs emplacements les unes après les autres et gagnent une zone située 1 km après le château de Pontavert, sur la route de Beaurieux. Les hommes s’installent au bivouac dans « le bois des couleuvres » sous une pluie torrentielle, encore. 

Durant ces 4 jours, les pertes ont été sévères pour le régiment. Couraud cite les chiffres suivants : Parmi les officiers 8 tués, 7 blessés, et 5 prisonniers dont les quatre médecins restés avec les blessés à Corbény le 14. Dans la troupe on dénombre 112 tués, 79 disparus, 438 blessés et 203 prisonniers. 852 hommes, le tiers de l'effectif, et soit presque le double du renfort reçu le 10 septembre.

Les recherches sur MDH donnent pour cette période 184 morts, auxquels il convient d’ajouter ceux qui sont décédés des suites de leurs blessures sans indication de la date ni du lieu où ils ont été atteints. Du 14 septembre au 31 décembre il y a 67 fiches concernant ces morts, blessés je ne sais où, car ce n’est pas fini…

Les morts pour la France à Corbény, La Ville-aux-Bois, Pontavert

Et comme pour "Le baptême à Lobbes (rubrique 05), ou Guise (08), les annonces des familles inquiètes dans le journal Sur Le Vif. De haut en bas, la date de parution dans le journal..., la photo (souvent de très mauvaise qualité comme on le comprend), le texte de l’annonce, et enfin la fiche MDH… (Utiliser le zoom).


Greens

Ce 18 septembre 1914, mon grand oncle maternel Laborde Louis
soldat au 34ème régiment d'infanterie, est tué au plateau de Craonne

Leafs


Le cahier de Constant Vincent - 7ème Cie: (65 Ko word). Du 14 au 18 septembre.
Les carnets de route du sergent Dartigues: (pdf 1 Mo). Du 13 au 18 septembre.


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09 janvier 2007

- 19 septembre -

A 6h, le 57 se porte 1,5 km plus à l’ouest sur la route de Beaurieux, au nord de Cuiry-Les-Chaudardes, puis dans l’après midi s’installe dans le village organisé pour le cantonnement. Les officiers achètent poulets, veaux et cochons, le ravitaillement apporte café, sucre, eau de vie et cigarettes, et après un réconfortant et copieux repas, les hommes s’endorment dans les greniers, granges et hangars, sur de la paille fraîche.

- 20 septembre -

Le régiment est chargé d’organiser une deuxième ligne de résistance orientée face au nord, en avant de Cuiry. Toute la journée les hommes creusent des tranchées. Successivement, par compagnies, ils vont prendre leur repas au village où ils retourne la nuit venue, laissant des petits postes à la surveillance des positions. La journée a été calme mais la pression se maintient sur le front du 18ème CA. Le 6ème RI, placé en avant du 57, du bois de Beau-Marais à Moulin-Pontoy a été fortement canonné.

18ème C.A. à Vème Armée Maizy
le 20 septembre 10h30
Le général De Maud’Huy me dit de vous téléphoner ceci :
La situation devient plus sérieuse. Le moulin de Vauclerc a été enlevé. Une première contre-attaque a échouée. Je n’ai pas de nouvelles de la deuxième. La gauche se maintient mais avec peine.
La situation est bonne dans les bois de Beau-Marais bien qu’il y tombe beaucoup d’obus. La ferme Hurtebise est très fortement attaquée (72ème Bde, 36ème DI). Le moral des troupes excellent malgré leurs pertes. Les tirailleurs (1er Rgt, 38ème DI) ont subi de nombreuses attaques à la baïonnette de la part de forces très supérieures en nombre. Nous sommes en relation étroite avec les anglais qui sont très secourables.
Vuillemot
                                                                             

 - 21 septembre -

Les 38ème et 36ème DI sont toujours fortement attaquées, de la ferme d’Hurtebise qui s’écroule sur ses défenseurs, jusqu'à Craonnelle. Pendant ce temps le 57e RI continue à creuser et à fortifier les lignes. Tout annonce l’enlisement; ne pouvant plus progresser on s’enterre. Il y avait les premières lignes, il y a maintenant les deuxièmes, il y aura bientôt les troisièmes. Le front qui s’étire en longueur s’épaissit, s’élargit en profondeur, comme une digue que l’on construit et que l’on renforce chaque jour, mais une digue particulière, en creux, faite de tranchées remplies d’hommes et de mitraille.

Alors, puisqu’on ne peut plus avancer, la seule possibilté qui reste est le contournement de l’adversaire par l’ouest, au-delà de l’Oise, vers la Somme. Le 18 septembre Joffre envoie la IIème armée de Toul sur Montdidier, mais Falkenhayn, le successeur de Moltke remercié le 14, fait de même avec sa 6ème armée qu’il déplace de Lorraine vers St Quentin. La tentative de débordement en Picardie échoue et on s’enterre là aussi. De l’Oise, à Ribécourt le front bifurque maintenant vers le nord et arrive fin septembre à hauteur de Péronne. C'est le début d'une période appelée improprement "la course à la mer", puisque comme l'écrira Foch, "la mer en fut le terme sans jamais en avoir été le but".

Sur cette carte, (utiliser le zoom pour plus de clarté...) on peut voir l'ensemble du front en juin 1915. Nous n'en sommes pas encore là, mais à quelques détails près elle montre la situation fin 1914, et permettra surtout au lecteur de situer des lieux, villes, rivères etc... La ligne rouge du front à la veille de la bataille de la Marne court jusqu'à Anvers. De Paris à la Belgique, elle n'est que "théorique", et fait allusion à l'extrême avance de la 1ère armée Von Kluck au fur et à mesure de son passage dans les régions en août. Sur le sol français, durant la guerre de mouvement, aucune troupe ne se trouvait le long de cette ligne à cette date (5 septembre), d'où ensuite, "la course à la mer"... Par contre, la ligne verte est bien celle du front, des tranchées sur deux ou trois lignes remplies de combattants, de la mer du Nord à la Suisse. On ne passe plus, ni dans un sens ni dans l'autre.

- 22 septembre -

On est de la revue au 57... Une partie du régiment est rassemblée vers 8h dans la campagne à l'ouest de Cuiry. La troupe est alignée, la musique est là, le général Marjoulet commandant la 35ème DI aussi. Et tout le monde écoute. Sauf Raymond, resté avec la 7ème Cie et quelques autres en surveillance de la "deuxième ligne".
"Le général commandant le 18ème corps d'armée cite à l'ordre du corps d'armée le 57ème régiment d'infanterie, sous le commandement de son chef le colonel Debeugny, pour sa belle conduite au cours des journées des 13, 14, 15, 16, 17, et 18 septembre. Sur la brèche pendant six jours consécutifs, le 57ème a, malgré de nombreuses pertes et des fatigues de toutes sortes, montré un courage et une ténacité qu'on ne saurait trop admirer. Le 57ème est le digne fils de la "Terrible 57ème demi-brigade".
Digne fils de la "Terrible 57ème demi-brigade que rien n'arrête" ce n'était pas un cadeau d'encouragements, mais la plupart des soldats devaient ignorer que leur régiment, surnommé ainsi par Bonaparte après la bataille de La Favorite (1797) avait complètement fondu en 1812 dans la retraite de Russie... Sur 3672 officiers et soldats, 137 en sont revenus.

Comme le 16 septembre sous la mitraille et dans l'urgence mais au calme cette fois, le régiment, par suite des pertes subies, est réorganisé. Raymond se retrouve avec ses camarades de la 7e Cie affecté au 1er bataillon. On s'attachera donc, pour tenter de le suivre si possible dans les prochains jours, à l'emploi du temps du 1er Bon. En attendant des renforts (encore...), les bataillons sont ainsi constitués:
1er Bon, commandant Picot, 2, 3, 4, 7, et 11ème Cies.
2ème Bon, capitaine Couraud, 5, 6, et 8ème Cies.
3ème Bon, capitaine Maury, 9ème et 10ème Cies.
La 12ème avait déjà été supprimée le 16, c'est au tour de la 1ère.

Des modifications sensibles apparaissent dans la tactique comme en témoigne cet ordre d'opération daté du 22 septembre à 23h. On y remarquera "la progression méthodique de point d'appui en point d'appui, avec le  soutien effectif de l'artillerie"... C'est le progrès... Mais découvertes au prix fort et qui restent à appliquer... 

 - 23 septembre -

L'attaque décidée commence à 7h après une préparation d'artillerie de 30 mn. Un bataillon du 6ème RI se dirige sur Craonne et le plateau de Californie, un du 144ème sur Craonnelle et le moulin de Vauclerc. Le 1er Bon du 57 est est en soutien dans le bois de Beau-Marais mais n'a pas à intervenir pour exploiter un éventuel succès... Toute la journée les 6ème et 144ème RI s'épuisent dans des attaques très meurtrières. Le 6ème est arrêté à 400 mètres de Craonne, le 144ème ne peut dépasser le cimetière au nord de Craonnelle.
A la nuit, Raymond est de retour avec le
1er Bon à Cuiry-Les-Chaudardes.

- 24 septembre -

Dès l’aube, le 1er Bon reprend ses emplacements de la veille au bois de Beau-Marais et y reste toute la journée. Un bataillon du 144ème RI reprend l’attaque du plateau de Vauclerc mais aujourd’hui comme hier, il ne peut progresser. En début de nuit le 1er Bon relève un bataillon du 6ème RI au moulin Pontoy.
Le capitaine Couraud remplace le commandant Picot (1er Bon) lequel est promu lieutenant-colonel et prend le commandement du 249ème RI.

 - 25 septembre -

Journée sans incident au 57 mais tout le monde est sur le qui-vive.
Les cuisines roulantes fonctionnent au Blanc-Sablon où les voitures du T.R. apportent les vivres. Les bidons de soupe et autres préparations des cuisiniers du régiment sont ensuite acheminées avant l’aube aux unités de 1ère ligne
.

- 26 septembre - 

La 7ème et la 11ème Cie sont en réserve au Blanc-Sablon, Raymond n’aura pas à souffrir du bombardement sur les tranchées du 1er et du 2ème Bon, à 1km au nord-est entre La Tuilerie et le moulin Pontoy. Les hommes sont presque au coude à coude, bien trop nombreux dans des tranchées trop petites et dépourvues d’abris, et les tirs sont facilement réglés depuis le plateau de Vauclerc. Après cette préparation qui causent encore des pertes une attaque se produit sur le 2ème Bon mais elle est repoussée.
Des directives concernant l’organisation des lignes sont données par le haut commandement. Installation de réseaux de fil de fer, création d’abris, utilisation de sacs de terre, au moins un repas chaud par jour pour les unités de 1ère ligne.
Les travaux d’installation de fils de fer ont bien entendu lieu la nuit et les hommes travaillent en terrain découvert. Leur surprise a du être grande lors de l’apparition des premières fusées éclairantes, utilisées par les allemands; lumière blanche complice de la mort qui guette, retombant suspendue à son parachute, offrant quelques instants à la mitrailleuse les silhouettes des travailleurs. Raymond comme tout le monde va très vite apprendre à se plaquer au sol dès qu’il entendra la détonation sourde du départ de la fusée.

- 27 septembre -  

Le 1er Bon est à nouveau en 1ère ligne. Garde, travaux d’entretien au fond des tranchées, longue attente. Vers minuit une attaque se produit sur les position du 34ème RI voisin qui l’arrête, soutenu par le 3ème Bon du 57 et par l’artillerie. Les 7e et 11èmes Cies du 1er Bon sont envoyées soutenir le 3ème près du carrefour des routes d’Oulches et de Craonnelle à Beaurieux. Cet endroit, véritable nid à obus qui arrivent de temps à autre par rafales, soumis également aux tirs de mitrailleuses, prend très vite le nom de « carrefour de la mort ».

- 28 septembre -

Raymond a aujourd'hui 21 ans. Anniversaire sans gâteau ni bougies à souffler, mais avec pétards et feux d'artifice.
A-t-il reçu ce jour là une lettre de ses parents lui donnant des nouvelles du pays landais ? A Cachen c’est la rentrée des classes. Il y a dans les Landes comme partout pénurie d’enseignants. Sur 120 instituteurs mobilisés, 110 sont sur les champs de bataille. Ils sont remplacés par des élèves maîtres ou élèves maîtresses et des suppléantes auxiliaires. A Mont-De-Marsan les cours ont lieu dans des locaux privés et des professeurs font aussi la classe chez eux. En effet, le lycée Victor Duruy est devenu hôpital et abrite depuis 8 jours 800 blessés allemands. 45 meurent dans les 15 jours. Ils sont ensevelis à l’hippodrome dans un enclos réservé. Le Républicain Landais critique des jeunes femmes "qui s'empressent" pour venir soigner ces blessés. Alors nous préférons penser que ces malheureux ont été en de bonnes mains et ne sont pas morts de maltraitance ou d'abandon, mais bien de leurs graves blessures et des conditions de transport lamentables des blessés en 1914, qu'ils soient français ou allemands. C'est que la presse est bien entendu l'unique source d'information et elle ne fait pas dans la dentelle... Morceau choisi dans le journal du 5 août:
"La Patrie est en danger, menacée par cette race allemande à peine décrassée de la barbarie, la dernière de l'Europe à être venue à la lumière de la civilisation, race épaisse et sanguinaire". 
La préfecture des Landes a vu arriver aussi des prisonniers valides. Ils sont enfermés aux arènes de Plumaçon, les taureaux sont de repos… Le 9 octobre, ils seront 170 à partir pour Bordeaux où ils prendront le bateau à destination de Casablanca, ils seront employés à défricher des terres et à construire des routes. Le 13 septembre, 100 pensionnaires d’asiles d’aliénés évacués de Paris arrivent aussi à Mont-De-Marsan, les établissements de la capitale étant devenus des hôpitaux pour les blessés. « Les fous sont arrivés ce matin, faisant de grands gestes derrière les vitres des wagons » écrit Le Républicain Landais. Il y a aussi des réfugiés belges. 1200 arrivent par trains entiers, originaires pour la plupart de la Flandre occidentale, Nieuport, Ostende. Recensés et vaccinés, ils sont ensuite répartis dans diverses communes d’accueil.
Le journal cite également en ce début de guerre quelques "cas", tel Mr Cassen, qui a 7 fils mobilisés, le 8ème appartenant à la classe 15...

Le capitaine Orieux promu chef de bataillon prend le commandement du 1er (il remplace donc Couraud), et le commandant Bonnaudet, venu du 144ème RI, celui du 2ème.

- 29 septembre -

Un important renfort arrive au régiment: 4 officiers et 925 hommes de troupe. Ils sont conduits par le commandant Lajonie qui prend la tête du 3ème Bon. Le régiment est à nouveau reconstitué, 3 bataillons de 4 compagnies chacun, et Raymond se retrouve avec la 7e Cie au 2e Bon que nous suivrons à nouveau.

- Du 30 septembre au 10 octobre - 

Une organisation qui bientôt deviendra la routine s’installe. Un roulement est organisé de façon à avoir deux bataillons en ligne et un au repos. Du 30 septembre au 2 octobre, Raymond est au repos à Cuiry-Les-Chaudardes. Durant ces journées les hommes remettent en état armes et vêtements que les gradés contrôlent au cours de « revues de détails ». Ils peuvent enfin se laver, prendre régulièrement leurs repas et récupérer le manque de sommeil des journées précédentes. Mais la vie militaire ne perd pas ses droits et les rassemblements, appels, et même exercices sont quotidiens. Le temps est aussi employé à des travaux ou corvées nécessités par la vie du village-caserne. 2e Bon relève le 3ème. Raymond et ses camarades savent qu’ils en ont pour six jours de tranchées, trois en 1ère ligne, trois en 2ème. Les journées se passent en tours de garde et entretien des tranchées. Les veilleurs, appuyés au parapet, cherchent à déceler tout mouvement ennemi. La nuit venue, des patrouilles de protection partent en avant occuper un bout de terrain, suivies des équipes qui vont creuser encore et poser les fils de fer. Couraud décrit une méthode de l’ennemi consistant « à gagner du terrain sans avoir à combattre ». Il suffisait d’y penser… Partant de leurs tranchées de la pente sud du plateau de Vauclerc, les allemands creusent des boyaux, lesquels, perpendiculaires à la tranchée de départ, avancent vers les lignes françaises. Ensuite, de l’extrémité de ces boyaux, ils creusent à nouveau, à gauche et à droite, établissant ainsi une nouvelle tranchée parallèle à la première. La nuit, ils posent des fils de fer en avant des nouveaux travaux, et les français ne possédant pas encore de fusées éclairantes, ne peuvent les gêner dans leur travail.
Les soldats commencent à avoir très froid... Ils sont toujours équipés avec la tenue règlementaire d’août 14. Passons sur le bas, puisque caleçon et pantalon quelle que soit la saison, mais le haut reste estival... Une chemise sur la peau et la capote, c'est tout. Imaginons un instant... Alors on leur distribue des vêtements chauds, au fur et à mesure des arrivages de colis venus de tous les coins de France où ça tricote pour ceux qui vont devenir des « poilus ». Les décideurs et donc penseurs (?) de cet équipement n'avaient pas imaginé bien entendu que cette guerre allait durer... Rassurons nous, il en était de même du côté allemand. On déclare la guerre et on entreprend de grandes offensives au printemps ou en été à cette époque. Il reste l'automne pour conclure, pas de quoi s'inquiéter, l'affaire sera réglée avant l'hiver, c'est certain...

Le ravitaillement apporte des légumes frais. Les hommes réclament des frites aux cuisines du Blanc-Sablon, et du vin qui n’arrive qu’en petite quantité.
L’eau est polluée en de nombreux endroits et il y a de nombreux cas d’entérite et de fièvre typhoïde.

Le 3 octobre, il y a de l’avancement au 18ème CA. Son commandant le général De Maud’Huy, devient celui de la toute nouvelle Xème armée créée par Joffre. Il est remplacé par le général Marjoulet, le commandant de la 35ème DI, lequel cède la place au général Bonnier.


 

Les carnets de route du sergent Dartigues: (pdf 2,4 Mo). 19 septembre - 10 octobre.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 janvier 2007

 - 12 octobre -

La 35e DI doit attaquer et enlever le plateau de Vauclerc, puis déborder les défenses de Craonne. Le 1er CA à droite du 18e attaquera en direction de Juvincourt. Diversion à gauche sur le chemin des Dames par les 36ème et 38ème DI. La 70e Bde de la 35ème DI mènera l'action principale pendant que la 69ème fixera l'ennemi face à Craonne.
A 4 h, le 1er et le 2e Bon du 57e RI sont en position dans les tranchées de départ. La préparation d'artillerie est insignifiante, les obus commençent à manquer et les coups sont comptés.
A 5 h c’est le signal. La 2ème Cie s’élance en avant, et malgré un tir d’artillerie et de mitrailleuses, arrive dans le secteur de défense ennemi mais se heurte à un réseau de fils de fer. Qu’à cela ne tienne, des hommes sont envoyés pour les couper, et Couraud, si avare de critiques dans son livre, écrit qu’ils « se font massacrer inutilement ». Vaste sujet que ceux qui se sont fait massacrer inutilement dans cette guerre… La 3ème Cie qui devait soutenir la 2ème ne peut pas progresser non plus et tout le monde retourne au point de départ, sauf les morts et blessés abandonnés sur un terrain toujours bombardé. Ses cadres décimés, ayant subi trop de pertes, le 1er Bon est remplacé par le 2ème. Les compagnies cheminent dans les tranchées par endroits démolies, devant s’exposer pour contourner les obstacles, et donc subissant des pertes avant même d’arriver. A 7h nouvelle attaque par la 6ème Cie, et même punition…
Couraud écrit: « Vers 10h, le commandement atténue l’ordre impératif « coûte que coûte » et prescrit de profiter des accalmies de l’artillerie pour gagner du terrain pied à pied ». Gagner du terrain pied à pied… Il cite également l’emploi « d’obus d’exercice chargés de poudre noire »… C’est la pénurie qui commence, alors pourvu que ça fasse boum… Le moulin de Vauclerc est à 150 mètres, mais tous les efforts sont vains, il faut reculer et le 2ème Bon regagne des tranchées moins exposées et en meilleur état.

Note sur le moulin de Vauclerc: Sur le montage photo que l'on peut voir ici, le moulin en 1914 ou avant, et ce qu'il en restait après guerre, surtout après 1917... Sur la photo de gauche, le texte (la légende) le nomme la tour de Craonne, mais il s'agit d'évidence d'un moulin, sur le point le plus élevé du plateau (moulin à vent oblige...), et d'où Napoléon aurait observé un siècle auparavant le déroulement de sa dernière bataille de l'année 1814, le 7 mars. Raymond et ses camarades ignoraient je suppose qu'ils attaquaient  cet illustre observatoire, mais comme il l'aurait dit: "ça nous fait une belle jambe"...

- 13 octobre - 

Le 144ème s’épuise également sans succès au nord de Craonnelle. Le 57 organise encore et toujours les positions occupées, remplissage de sacs à terre, aménagements de créneaux, entretien du boyau de communication avec la première tranchée, travaux de nuit bien entendu. Le jour c'est le bombardement: Les pertes que l'artillerie de Corbény nous fait subir sont encore très lourdes (JMO). 36 morts ce 13 octobre selon les fiches du site Mémoire des Hommes.

- 14 octobre -

Le 2e Bon déjà éprouvé par les efforts de la veille est désigné pour attaquer la tranchée en " V " au sud-ouest du moulin de Vauclerc. A 15 heures, après une préparation d’artillerie toujours insignifiante et qui ne fait que préparer l’ennemi à la résistance, comme une clochette d’alarme, les compagnies sortent des tranchées de départ et progressent peu à peu malgré les inévitables pertes. En fin d’après midi les 7e et 8ème Cies investissent la pointe du "V" que forme la tranchée, puis les 5ème et 6ème progressent ensuite de part et d'autre mais la position est vide. L’ennemi l'a évacuée… Les hommes s’emploient à "retourner" les défenses allemandes, à les orienter face au nord, travail de terrassiers sous de nombreuses fusées éclairantes qui obligent à interrompre souvent la tâche et cause encore des pertes par le feu des mitrailleuses.
Mais seul et très en pointe, 800 m en avant des lignes de départ, le 2ème Bon est en grand danger d’être attaqué sur ses flancs le jour venu.
Le
2e Bon a perdu 400 hommes en trois jours, 40% de son effectif. Il lui sera impossible de résister à une forte attaque ennemie dont on ne peut douter de la réalisation imminente, et en fin de nuit il est rappelé en arrière. Les blessés sont emportés, les morts laissés sur place, et c’est une troupe très éprouvée qui traverse les premières lignes tenues par le 1er Bon avant de gagner le Blanc-Sablon où les compagnies se reforment pour l’appel…
Couraud: « Ces attaques contre une position solidement établie et défendue par de nombreuses mitrailleuses, faites hâtivement, sans préparation d’artillerie faute de munitions, et sans appui au cours de leur exécution rapportent un bien minime gain de terrain; elles ont considérablement affaibli le régiment. »

En l'absence d'état nominatif des pertes de 1914 pour la période du 19 septembre au 14 octobre, nous nous en tiendrons aux chiffres cités par Couraud après la guerre:

3 officiers tués et 6 blessés
183 soldats tués, 44 disparus, 388 blessés, 7 prisonniers
Soit 631 hommes.

Les recherches sur MDH ont donné 233 "tués à l'ennemi" ou "morts des suites de leurs blessures". Ces fiches portent bien entendu la mention du lieu de mort, Vauclerc, Craonne etc, ou de numéros d'ambulances, mais il faut aussi tenir compte de quelques autres concernant les morts dans des hôpitaux de l'arrière, sans indication de la date et donc du lieu de leurs blessures. Quelques uns certainement parmi les 52 morts entre le 27 septembre (le premier de la période considérée) et le 31 décembre, puisque nous nous arrêterons là dans ce blog concernant l'année 1914.

Les morts pour la France au plateau de Vauclerc

Et à nouveau le journal Sur Le Vif et des familles inquiètes...

- 15 octobre -

Les attaques sont suspendues, l’évidence finit par l’emporter. Ordre est donné de "consolider les positions"... Le 2e Bon relève à la Tuilerie le 3ème qui passe en première ligne en remplacement du 1er qui va au cantonnement à Cuiry-les-Chaudardes.
"Attaques suspendues", mais encore trois tués à Craonne ce 15 octobre. Parmi eux, un soldat de 50 ans, TEULADE Louis Célestin. Il s'engage en 1914 au 57ème R.I. pour rejoindre son fils de 24 ans au même régiment, lequel sera tué à son tour le 24 décembre.

- 16 octobre -

Après l’échec du débordement en Picardie, Joffre tente une nouvelle manoeuvre d’aile en Artois. La Xème armée créée le 3 octobre comprend les 10ème et 21ème CA, ainsi que 2 corps de cavalerie et 2 divisions de réserve, toutes ces troupes prélevées sur divers points du front "stabilisé", notamment de Lorraine. La guerre de positions permet en effet de dégarnir quelque peu certaines zones pour continuer le mouvement ailleurs. La bataille s’engage aussitôt contre des forces allemandes rassemblées de la même façon par Falkenhayn. Des noms de lieux deviennent tristement célèbres après des combats acharnés, et ils le seront encore davantage en 1915: Notre Dame-de-Lorette, Souchez, Vimy… Arras est sur le point de tomber et Guillaume II y prépare son entrée, mais la ville ne sera jamais prise. Joffre désigne Foch pour coordonner les IIème et Xème armées. Vers la mi octobre c’est à nouveau un constat d’échec pour chacun des deux adversaires.
Le 9 Anvers est tombé aux mains des allemands. Le camp retranché, possible tête de pont franco-britannique, représentait un grand danger pour l’ennemi. La possibilité du débarquement d’une armée à Anvers fut évoquée, mais il fallait faire vite, les allemands attaquèrent dès le 26 septembre et Joffre ne disposait pas de forces suffisantes pour créer cette armée. La ville n’ayant pas été encerclée totalement avant l’attaque, l’armée belge réussit à se dégager et va se replier sur la ligne Nieuport-Dixmude avec l’aide d’une division britannique et d’une brigade de fusiliers marins français. Le roi Albert 1er porte son Q.G. près de La Panne et le gouvernement gagne Le Havre.
Le 13 octobre les allemands prennent Lille.
French, en accord avec Joffre, ramène du 9 au 15 octobre ses 3 corps d’armée de l’Aisne sur la région de Saint-Omer, assez rassuré sûrement, tout en continuant la lutte, de disposer juste derrière lui des ports de Calais et Boulogne.

Le 18e CA va ainsi s’étendre vers la gauche, jusqu’au canal latéral de l’Aisne à l’Oise, pour occuper le secteur initialement tenu par le 1er CA britannique. La 35e DI qui était à droite de la 36ème va faire le tour par le sud pour passer à sa gauche, lui laissant le secteur qu’elle partagera avec la gauche du 1er CA. Les relèves se font bien entendu méthodiquement, unités par unités. Les 57ème et 144ème RI sont remplacés par les 34ème et 18ème (36ème DI) .


Le cahier de Constant Vincent - 7ème Cie: (65 Ko word). Octobre.
Les carnets de route du sergent Dartigues: (pdf 1 Mo). Du 11 au 15 octobre. Blessé le 15, Dartigues est évacué. Il rejoint le 57ème en juin 1915 mais n'a pas tenu de carnet pour le reste de l'année. Nous le retrouverons à partir de janvier 1916 à la 7e Cie.


 

 

 

 

 

 

 

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26 janvier 2007

- 17 octobre -

Le matin, le 123ème RI, la moitié du 57 et du 144 sont dans la zone Verneuil - Vendresse où ils remplacent la 32ème DI (16ème CA) qui l’occupait provisoirement depuis le départ des anglais le 15. Les autres éléments du 57 dont le 2e Bon gagnent Beaurieux, puis franchissent l’Aisne et son canal latéral et par Maizy, Révillon Longueval, arrivent à Dhuizel et cantonnent au sud du village après une marche de 18km.

- Du 18 au 21 octobre -

La 70e Bde est au repos. Le 57 s’installe pour 4 jours à Vieil-Arcy, à 2km au nord de Dhuizel. Les matinées sont occupées à des exercices de combat, de manœuvres de compagnies, l’après midi les soldats nettoient armes et vêtements. Des particuliers, des sociétés de toutes sortes et bien sûr des familles continuent à envoyer des vêtements chauds qui équipent bientôt tout le régiment. Echarpes et tricots de couleurs diverses apparaissent sous la capote.
Les colis et les lettres arrivent en plus grand nombre, mais certains destinataires ne sont plus là... Voici pour exemple une carte postée à Arcachon le 10 octobre. L'expéditeur ne connaissant pas à cette date le secteur postal du 57ème RI l'a adressée à la caserne de Libourne qui bien entendu a fait suivre. Elle est revenue à Arcachon plus de deux mois après, portant la mention tant redoutée lorsqu'il y a retour... Le destinataire n'a pu être atteint en temps utile, retour à l'envoyeur. ORRY Emile Henry a été tué à Craonne quatre jours après le départ de la carte d'Arcachon.
Le 20 arrivent quelques officiers dont le commandant Lagüe, guéri de sa blessure reçue à Lobbes. Il remplace Lajonie évacué malade, à la tête du 3ème Bon.

- Du 22 octobre au 1er novembre -

Le 22 la 70e Bde est en ligne et la 69ème au repos. Le 57 a relevé dans la nuit le 123 dans le secteur de Verneuil. Sa limite gauche est constituée par le canal de l’Oise à l’Aisne au-delà duquel se trouve la 69ème division de réserve. Sa droite est tenue par le 144ème RI à l’est de Beaulne. L’état-major du 57 est avec celui de la 70ème Bde au château de Verneuil. Les trois bataillons sont en ligne, chacun ayant deux compagnies en première ligne et deux en réserve, roulement tous les deux jours.
Le 1er Bon à droite occupe Beaulne, en laison avec le 144ème. Le 3ème Bon tient le centre du secteur sur plateau de Verneuil. Enfin sa gauche est occupée par le
2e Bon en avant de Moussy jusqu’au canal.
Voici une carte du secteur tirée du livre de Couraud. Elle concerne l'ensemble de la "période Verneuil", et montre donc des défenses qui sont encore à réaliser, mais permet de situer les lieux évoqués ici.

Il faut creuser de nouvelles tranchées, et améliorer ou modifier le tracé des anciennes nées de l’urgence lors des combats des semaines précédentes. En effet les positions se figent, et déjà se dessine un secteur qui ne changera guère jusqu’en 1917. Le 57ème RI va y rester jusqu’en avril 1916, ayant tissé une véritable toile d’araignée de tranchées et boyaux, îlots de résistance, abris de mitrailleuses balayant toutes les zones, postes de commandement et de secours pour ne citer que les principales réalisations. Mais pour l’heure nous n’en somme pas là, et le plus dur reste à faire. Les soldats terrassiers creusent sans cesse, plantent des piquets et posent les fils de fer.
Le 26 dans la nuit, le 57 est relevé par le 123 et va au repos à Vieil-Arcy, le
2e Bon à Pont-Arcy.

Le 29 un nouveau renfort arrive, c'est le troisième depuis le début de la guerre: 10 officiers, 10 sous-officiers, 13 caporaux et 130 soldats.
Au total ils sont déjà 1569, les "remplaçants"...

Le 30 à 03h (inutile désormais de citer des heures, les relèves se font toujours en pleine nuit), le régiment relève le 123ème. Des obus le 31 puis calme le 1er novembre.  

- Du 2 novembre au 14 décembre -

Le 2 à 8h commence un violent bombardement. De gauche à droite, d’abord sur les lignes de la 69ème DR au-delà du canal, puis sur le front du 57 jusqu’à Beaulne. Des ouvrages sont bouleversées par des mortiers de tranchées, encore une nouveauté, puis à 9h les allemands attaquent du côté de la 69ème DR. Les 48ème BCP (bataillon de chasseurs à pied) et 267ème RI ne peuvent tenir et se replient jusqu’au nord de Soupir. L’ennemi, par les Champs d’Erny fonce vers la gauche du 57ème. La 7e Cie alors en réserve à Moussy est envoyée tirailler sur les groupes qui avancent et réussit à les arrêter. Mais bientôt c’est toute la gauche du secteur du 2e Bon qui est attaquée. Le long du canal, du nord au sud, la situation est la suivante, la 8ème Cie a du évacuer le moulin Brûlé et reculer de 200 m surprise et attaquée par des forces ayant cheminé dans le canal presque à sec. La 6ème Cie puis la 7ème sont sur leurs positions le long du canal. Les allemands ont pris la ferme du Metz située au delà.
A droite de la 8ème Cie, la 5ème subit également une attaque venant du bois Brouzé en direction du bois des Boules. Le plateau de Verneuil (3ème Bon) continue à recevoir des obus, et le bombardement s’intensifie avec une nouvelle batterie allemande venue s’installer à la Croix-sans-Tête. Vers midi la 12ème Cie doit reculer en abandonnant une centaine de mètres de terrain mais réussit à se maintenir grâce à des boyaux non démolis par le canon d’où elle peut arrêter l’attaque. A sa droite, la 11ème Cie doit aussi céder du terrain après avoir subit de lourdes pertes.
En début d’après midi une contre attaque est ordonnée. La lutte dure jusqu’en début de nuit et permet de reprendre le terrain perdu au bois des Boules mais ne parvient pas à reprendre le moulin Brûlé.
Pendant ce temps un bataillon du 4ème Zouaves reprend la ferme du Metz.
Le 3 dès le lever du jour le bombardement reprend, et laisse présager une nouvelle offensive ennemie. La moitié du 123ème RI renforce diverses positions du 57. Couraud ne cite pas de faits particuliers ce jour là, bien que les fiches MDH donnent 20 tués, à ajouter aux 65 de la veille, mais nous reviendrons sur ces comptes macabres dans un tableau.
Le 4ème Zouaves est violemment bombardé à la ferme du Metz et doit quitter les lieux devenus intenables.
Le 4 la
7e Cie relève face au moulin Brûlé deux compagnies du 123ème.

Raymond et ses camarades avaient certainement quelques nouvelles de la course à la mer, par la lecture du bulletin des armées de la république ou de quelques journaux arrivant aux lieux de cantonnements.
Dans les Flandres la lutte continue. A partir du 16 octobre c’est la bataille de l’Yser, engagée par la 4ème armée allemande formée de 4 nouveaux corps d’armée composés d’une jeunesse engagée dès la fin août et jetée en pleine bataille après une brève instruction militaire. Du côté français une VIIIème armée est constituée rassemblant 3 corps d’armée aux ordres du général d’Urbal. Les belges résistent héroïquement sous un déluge de feu durant 9 jours mais sont sur le point de céder. Le 28 octobre ils ouvrent les écluses de Nieuport et lentement, les polders de la région sont envahis par la mer prenant les allemands dans un bourbier qui interdit toute nouvelle avance à l’artillerie. Dans les jours qui suivent les troupes de la 4ème armée se replient au sec après une retraite gluante, à travers des champs devenus marécages et où s’enlisent hommes, chevaux et canons.
Immédiatement après cet échec Falkenhayn tente encore une offensive. Il ne s’agit plus de manœuvre d’aile car il n’y a plus d’aile, mais une ligne continue de troupes jusqu’à la mer. Il s’agit de briser cette ligne avant qu’elle ne s’épaississe, ne se renforce solidement comme ce fut la cas partout jusqu’ici. C’est la dernière chance. Le 30 octobre il lance 6 divisions contre les anglais entre Messines et Ypres. Foch intervient en renforçant les britanniques de plusieurs divisions que Joffre lui envoie. Le 6 novembre Falkenhayn sait qu’il ne passera pas. Les pertes sont très élevées et les obus manquent dans les deux camps qui s’organisent défensivement à partir du 15 novembre. La dernière bataille de l'année 1914, la mêlée des Flandres, est terminée.
Ainsi donc, de Charleroi à la Marne, de l’Aisne à la Picardie et aux Flandres, après des batailles qui leur firent un moment entrevoir la victoire, les tacticiens et stratèges professionnels doivent-ils constater leur échec cuisant, et "penser une autre guerre".

Tout le monde combattant est enterré.

Le 7 une attaque est menée par la 1ère et la 38ème DI pour tenter de récupérer le terrain perdu par la 69ème DR à l'ouest du canal. Le 4ème Zouaves (38ème DI) qui avait dépassé la ferme du Metz doit y retourner. Une Cie du 123ème RI et la 10ème du 57 procèdent dans le même temps à une attaque du moulin Brûlé à l'est mais sans succès. Des agents de liaison (appelés aussi "soldats coureurs") sont envoyés au PC de la 7e Cie prête à intervenir. Ils sont 6 à tomber les uns après les autres atteints par des balles de mitrailleuses. Un hussard (10ème Hu), mais à pied et sans son cheval (bien entendu à cette période), parvient à récupérer et porter les messages au capitaine de la 7ème. Morceaux de papiers inutiles puisque c'est l'échec partout et le retour aux positions de départ.

Le 12, le 123ème RI en entier le relève le 57ème qui va au repos à Serval et Barbonval.
Changements de têtes: Le commandant du régiment, le colonel Debeugny est remplacé par le lieutenant-colonel Huguenot qui était le chef d’état-major de la 51ème DR. Le chef du 3ème Bon, le commandant Lagüe, est remplacé par le capitaine Amilhat venu du 12ème RI. Du 13 au 16, le dernier renfort de l’année arrive (les "remplaçants"). 364 hommes dont 287 de la classe 14. Ces "bleus" de 20 ans ont échappé à l'hécatombe passée mais tout ne fait que commencer.

Le total des renforts pour ces quatre premiers mois de guerre s'élève à 1931... Le 17, le régiment est en ligne. Le secteur de Verneuil a été divisé en trois "sous-secteurs" : Le 1er Bon occupe celui de Beaulne, le 2ème le plateau (de Verneuil), le 3ème Moussy.
A partir du 20 novembre les relèves n’ont plus lieu entre les deux régiments (57 et 123). Chaque régiment a en permanence deux bataillons en ligne et un au repos. Roulements avec 8 jours en ligne et 4 au repos pour chacun des trois bataillons. Le sous-secteur Moussy est attribué au 123ème, ceux de Beaulne et du plateau de Verneuil au 57ème.
J’ai tenu à noter ces emplois du temps, lieux et dates, afin de tenter d’établir un "calendrier des risques" (à faire...) pour Raymond, de comprendre comment, même avec beaucoup de chance, il a pu en revenir indemne. Bombardements à telle date sur les tranchées du 57ème, oui mais peut-être que pendant ce temps, Raymond Labarbe était avec le 2ème Bon au repos, en train d’écrire à ses parents ou de se raser… Alors il s’agit de savoir.

Parmi 3 tués le 29 novembre, Jean De La Ville De Mirmont, jeune écrivain et poète bordelais. Petit dossier de presse maison en guise d'hommage (3 pages word).

- Un mot sur les fraternisations avec l'ennemi -

En ce mois de novembre 1914, les escarmouches et échanges d'obus quotidiens, le froid et la misère, l'absence de tout espoir d'en finir désormais, font que ce "tout ça pour rien", dans les deux camps, favorise parfois des échanges bien différents que des coups de fusil. En certains endroits, les tranchées ennemies sont distantes de quelques dizaines de mètres. Pour des petits postes avancés c'est même parfois quelques mètres. Aussi, des tentatives de "fraterniser" avec ces barbares qui semblent être comme nous et qui supportent la même vie, ont eu lieu ici ou là.
Raymond:...
On se lançait du tabac, du chocolat par dessus la tranchée... Et puis un officier est arrivé et il a fait arrêter tout ça...
Huguenot, commandant le régiment depuis le 12 novembre note dans ses cahiers le 18: Ayant appris que, avant mon arrivée, sur certains points du front, on parlementait de temps en temps avec les Boches, on échangeait avec eux propos et cigarettes, je rappelle que pareille manière de faire est des plus répréhensibles, et je l'interdis de la manière la plus formelle sous peine de sanctions des plus sévères. On ne doit correspondre avec les Boches qu'à coups de fusil. Aussi, quelques temps après, leurs tentatives de conversation ayant été acceuillies comme elles devaient l'être, entendait-on les Boches d'en face crier dans les tranchées "Cochons 57 !"
Si Huguenot avait eu connaissance du carnet de route de Jean de la Ville de Mirmont (voir plus haut), et des lettres qu’il adressait à ses parents, il en aurait mangé son képi.

13 novembre : … Hier des officiers allemands ont agité un drapeau blanc et sont venus causer avec les nôtres, les invitant à déjeuner pour dimanche prochain. D’une tranchée à l’autre les soldats français et allemands se sont engagés à ne pas se fusiller de la journée. Ils se sont amusés à se lancer des pommes de terre. Le soir venu, les Boches ont entamé un cantique. Les nôtres ont répondu par un chant vif et animé… Puis la mitraille a repris.

17 novembre : … Ce soir nous devons occuper une tranchée à 38 mètres d’une des leurs. On peut parler avec eux et ils nous jouent de l’accordéon…

21 novembre : … Hier dans la tranchée nous étions tout près des allemands, à 8 ou 10 mètres au plus. Nous nous sommes rendus visite réciproquement. Ils nous ont offert des cigares et de la bière. Nous leur avons donné du tabac de cantine en échange. Il y avait un étudiant prussien ayant vécu plusieurs années à Lyon, en outre un de mes soldats (De Mirmont est sergent) a été professeur de français à Munich. C’était très amusant et très inattendu, et cela ne nous empêchera pas de faire notre devoir en temps voulu de part et d’autre.

29 novembre : De Mirmont est tué par une marmite.
Lecture à recommander de ce jeune talent fauché comme bien d'autres: "Oeuvres complètes, poèmes, récits, correspondance". Les extraits de sa correspondance ici sont cités avec l'aimable autorisation des Editions Champ Vallon


Le cahier de Constant Vincent - 7ème Cie. (70 Ko word). Novembre. Suite et fin de ces extraits, car après sa convalescence et un séjour au camp de Souge, il passe au 60ème R.I.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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04 février 2007

- Du 15 au 21 décembre -

A sortie nord-ouest de Beaulne se trouve le chemin creux, nommé A7 sur le croquis (revoir carte). Les luttes pour ce sentier qui vont s’y dérouler quelques jours sont révélatrices de l’acharnement des deux camps à grappiller le moindre bout de terrain. Les allemands creusent un boyau d’approche jusqu’à 30 m du premier poste français constitué d’un barrage de sacs à terre et de gabions. Le 15 dans l’après midi, c’est l’attaque surprise du barrage tenue par des soldats de la 11ème Cie. Le groupe ennemi, une vingtaine d’hommes, est repoussé par une fusillade qui en tue deux et en blessent quelques autres. Enhardis par le succès, les français poursuivent, sont mitraillés à leur tour, et doivent se replier avec quatre blessés.
Le 18 ce poste avancé est conquis et ses quatre défenseurs sont faits prisonniers. Un peu plus loin le deuxième barrage occupé par une demi section résiste non sans mal et réussi à repousser les assaillants. L'affaire a du être chaude bien que Couraud ne s'étende pas là dessus, puisque l'on dénombre 16 morts sur MDH ce jour là (Mais peut-être que pendant ce temps quelques bombardements avaient lieu sur d'autres points du secteur occupé par le régiment). Il cite le caporal brancardier Jean, "appelé à cet endroit pour son service, voyant une escouade privée de son chef et prête à céder le terrain, arrache son brassard, prend le commandement de la troupe, la maintient en place, en dirige le feu et tombe mortellement frappé d’une balle au front".
Le 19, contre attaque française : Assaut mené par trois sections qui reprend le premier poste perdu la veille, et dans la foulée enlève le poste allemand 30 mètres plus loin faisant 7 prisonniers.
Le 20 dans la matinée, les allemands reviennent et récupèrent leur poste avancé. Le soir la 3ème Cie attaque à nouveau pour le reprendre mais doit reculer. Le commandant du régiment met fin à ces actions stériles en ce point.
Pendant ce temps, le père Noël prépare sa hotte pour le 24...

Tué le 19 décembre à bout portant en pénétrant dans une tranchée allemande, Désiré Martin MONTEIL. Sur un pilier du lavoir de Beaulne bien entendu reconstruit, une plaque de marbre que ses parents ont fait poser. Le graveur a pris quelques libertés avec les majuscules (DESIR MARTIN MONTEIL)

- 24 décembre -

Le sergent Henri ROBERT, du 123ème RI, a laissé 200 lettres écrites entre le 3 août 1914 et le 28 avril 1918… Il a été tué le 30. Ces lettres ont été publiées sous le titre Impressions de guerre d’un soldat chrétien, librairie Fischbacher, 1920. Il était avant la guerre pasteur auxiliaire de Pons (Charente Maritime).
Nous commencerons ce joyeux Noël par ce qu’il écrivait 11 jours plus tard. Bien entendu, Robert ne se trouvait pas sur les lieux, étant dans un secteur à gauche de celui du 57ème, et nous voyons là un exemple typique des difficultés à cerner la vérité, les détails si importants pour l’analyse, si l'on ne s'en tient qu'aux témoignages. Homme honnête, Robert n’a fait que rapporter et interpréter ce qu’il a entendu dire, d’abord avec une teinte d’humour moqueur (mais au fond respectueux, chose fréquente entre régiments), puis avec une compassion sincère pour les camarades morts.

"Moussy, 4 janvier 1915.
Ces jours derniers, il y a eu dans nos parages, de violentes disputes avec les voisins d’en face. Le 57ème s’était lancé dans une aventure où il n’a malheureusement récolté que plaies et bosses. S’avisant qu’une tranchée boche semblait être abandonnée, nos bons bordelais s’imaginèrent pouvoir cueillir des lauriers faciles en allant l’occuper. Tout allait à merveille; ils travaillaient déjà à en consolider les parois, quand une mitrailleuse allemande bien placée, les inonda d’une grêle de balles. Il leur fallut abandonner précipitamment leur nouvelle conquête et revenir en arrière, opération très malaisée, où ils perdirent environ 80 hommes.
Notre canon a bien essayé de détruire cette tranchée boche; mais là bas, sur le talus, on peut apercevoir des pantalons rouges et des capotes bleues. Personne n’ira enterrer ces pauvres camarades."   

Raymond La Chance et la 7e Cie n'ont pas été plus impliqués dans cette affaire que Robert et le 123ème, mais il m'a paru intéressant de terminer cette année 14 par un exemple parfait de la stupidité de certains décideurs, de leur ambition, de leur désir de prouver qu'ils ont été entreprenants, exécutants zélés des directives du général en chef Joffre, l'âne qui commandait des lions. (Partout, de la Suisse à la mer du Nord de telles initiatives locales vont faire des dizaines de milliers de morts pour rien, mais la pire année reste à venir, 1915, non pour le 57ème mais pour de nombreux autres régiments engagés dans des batailles sans résultats déterminants, avec des pertes énormes. Interpelé, l'âne ne trouvera rien de mieux que de répondre "je les grignote"...).
Si l'on peut comprendre des sacrifices afin de conquérir une position stratégique d'importance, il est permi de douter de l'intérêt de cette attaque sur la tranchée à claies, c'est son nom.

Voici un croquis du secteur de Beaulne (utiliser le zoom), avec mention de la présence de la 7e Cie. Itinéraires de patrouilles et renseignements recueillis, travaux effectués durant les 4 jours en ligne. Ce document n’est malheureusement pas daté mais on peut penser à fin 1914. En effet, le réseau des tranchées est des plus réduits, nous en sommes aux débuts des travaux. La tranchée allemande reconnue par la patrouille de la 7e Cie est sans nul doute la tranchée à claies.

Entre le livre de Couraud et le rapport du général Bonnier, commandant la 35ème DI, nous tenterons d'y voir clair, ou pour le moins d'apporter des informations au pasteur Robert, à titre posthume... Le général Marjoulet, commandant le 18ème CA, en rajoutera une louche. Un grand moment que la lecture de ce rapport. Dans le registre "ouverture de parapluie", on ne peut faire mieux. C'est que les pertes ont été sévères pour les 144 et 57ème, alors il faut bien rendre compte en haut lieu, surtout démontrer l'intérêt de l'attaque et puisque ce fut un échec, citer des coupables. Mais Couraud présente une version des faits quelque peu différente...

Voici donc deux photo-montages, le rapport de Bonnier, et des pages extraites du livre de Couraud. J'ai souligné en rouge quelques lignes qui sont à comparer entre les deux textes... (Utiliser le zoom). Au début du rapport de Bonnier, on notera le cadeau de Noël préparé pour les casques à pointe par leur commandant... Quelle époque !... Quel cadeau ! Un cadeau certes pour le colonel qui n'aurait pas risqué sa peau dans cette attaque et en aurait tiré des lauriers en cas de succès, ou en cas d'échec aurait emballé l'affaire avec un rapport en bonne et due forme, comme celui de Bonnier. Une pensée personnelle à traduire en allemand: Mon colon est trop bon, mon colon est un père pour nous !

Le bilan... Bonnier cite des chiffres concernant bien entendu les deux régiments. "92 dans les tranchées allemandes" (occupation des lieux par éléments des 144 et 57 puis arrosage par les mitrailleuses de Chivy),  "111 en avant de nos lignes dont 1 officier" (contre-attaque du 57 ayant "manqué de mordant". L'officier est le sous-lieutenant Eyt-Salanave, voir plus loin les disparus du journal Sur Le Vif). Couraud: "Parmi eux plus d'une centaine dort de son dernier sommeil sur le glacis de chivy par cette belle nuit de Noël".

"Personne n'ira enterrer ces pauvres camarades"

Si l’on recoupe les informations de Bonnier et celles de Couraud on voit effectivement que les compagnies engagées du 57 (1ère 3ème 9ème) ont eu une centaine de tués. Dans les cartons du 57 au SHD (Service Historique de la Défense) à Vincennes, il n’y a pas d’état nominatif des pertes pour cette affaire. Les seuls déjà cités concernent Lobbes, la retraite, Guise, puis plus tard Verdun et l’Argonne et c’est tout. Dommage…
Sur le site MDH visionné complètement fiche après fiche, on relève 52 tués le 24 décembre pour le 57. Quelques uns sont morts des suites de leurs blessures (voir tableau plus bas) mais nous sommes loin de "plus d’une centaine". Et cet épisode en dit long sur le nombre précis de morts dans cette guerre. Certes, on sait que les fiches MDH ne sont pas la totalité; il en manque des dizaines de milliers dont peut-être la cinquantaine des absents de ce joyeux Noël

- Du 25 au 31 décembre -

Le 28, un minen tombe sur la section de mitrailleuses du sous-lieutenant Sempé.
3 tués, 4 blessés, 1 pièce détruite, l'autre ensevelie. A cette époque, chaque bataillon ne dispose que d'une section de mitrailleuses (2 pièces servies chacune par 3 ou 4 hommes) et il est curieux de constater qu'elles étaient placées si près l'une de l'autre qu'un seul coup au but pouvait les détruire. J'ignore pour l'instant la raison de cette disposition déjà remarquée sur le plan que l'on a pu voir plus haut (le croquis du secteur de Beaulne).

Le tableau des morts en 1914 dans le secteur de Verneuil: En l’absence d’états nominatifs, le classement par compagnie n’a pas été possible, et les dates tout comme les nombres sont le report des fiches MDH classées. Ces états ont surement existé mais ont disparu des archives. Ou peut-être ont-ils été placés par mégarde dans un carton concernant un autre régiment...

Voici les dernières annonces des familles inquiètes...Elles concernent deux victimes du père Noël, et sont par leur contenu aux extrêmes de tout, réunies ici, comme un symbole, par le plus grand des hasards si l'on songe que sur plus de 1000 tués ou morts des suites de leurs blessures en 1914, 30 ont fait l'objet d'annonces dans Sur Le Vif. Tout les séparait et de loin, y compris les dates de parution dans le journal... A gauche le sous-lieutenant Eyt-Salanave, un bordelais de 32 ans. A droite le soldat Schmitt, un Nancéen de 20 ans. Chivy, Verneuil, lire "Beaulne"; le 24 décembre, c'est la "tranchées à claies", entre Beaulne et Chivy, dans "le secteur de Verneuil". J'ai corrigé la date sur la fiche d'Eyt-Salanave, l'année avait déjà été remplacée mais à tort par 1915. Le girondin et le lorrain se retrouvent donc ici côte à côte, eux et eux seuls, terminant la série des annonces. Pour en ajouter à ce hasard (vu la rareté des annonces), soulignons qu'en 1914, les régiments étaient composés principalement de "régionaux" et que seulement deux lorrains figurent parmi les morts de cette année: Le commandant Lionnet, chef de bataillon, tué le 16 septembre à La Ville-aux-Bois... Et le soldat de 2ème classe Schmitt, né et domicilié à Nancy...

La Gazette des Ardennes: Un hebdomadaire édité en zone occupée et donc sous contrôle allemand bien entendu. Le premier numéro du 1er novembre 1914, avec engagement d'objectivité... Quoiqu'il en soit, ces documents sont une mine d'informations (à recouper avec d'autres) pour télécharger la totale c'est ICI.
A partir du 2 avril 1915, La Gazette publie les listes des prisonniers en Allemagne. Des retards certes entre informations et publications, ce qui fait sans doute que jusqu'au dernier numéro du 8 novembre 1918, je n'ai pas vu Raymond dans le journal, fait prisonnier le 3 juin 1918. Puis viennent des listes de blessés rapatriés (les définitivement inaptes à la guerre, amputés, etc) mais aussi à partir du 24 mai 1916 les listes des tombes répertoriées en arrière du front allemand. On enterrait partout, dans le cimetière du village vite plein, dans le jardin du curé, à la sortie du village, partout. Mais pas toujours avec les renseignements complets, d'où beaucoup d'inconnus, de fosses communes, et aussi bien entendu d'erreurs de transcriptions par les autorités allemandes ou d'imprimerie de la part du journal. Un exemple parmi d'autres, extrait de la Gazette du 5 mai 1917. Un fichier word avec commentaires à voir ICI.

Nous retrouverons Raymond et ses camarades dans un autre blog, autre travail...

Le 57ème Régiment d'Infanterie en 1915

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

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09 février 2007

Sur cet extrait du registre matricule, tout comme dans le livret militaire à suivre, sa citation est "à l'ordre de l'armée". Erreur, le document étant "à l'ordre du 18ème corps d'armée". Voir la citation.

Extrait_matricule

Fait prisonnier le 3 juin 1918 sans son sac resté en arrière pour l'attaque (Qu'est-il advenu de ce sac ?). Ces pages sont extraites d'un duplicata de son livret militaire qui lui a été délivré à son retour. Seules celles qui comportent des mentions ont été reproduites.

R

R1

R2

R4

R4b

R9


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10 février 2007

Quelques documents militaires de mon grand-père maternel décédé en 1949. J'avais trois ans et je ne l'ai donc pas entendu parler de ses souvenirs du 49ème R.I. comme ce fut le cas pour le 57ème de Raymond. Je ne sais pas dans quelle compagnie il était en 1915 et la suite, autant dire que faire un blog dans le style "sur les traces de" est inutile et ne pourrait-être qu'une copie de l'historique ou du JMO visible ICI

Pierre Mora

Incorporé au 49ème R.I. le 2 septembre 1914 à Bayonne. 5 mois d'instruction, puis arrivée au front le 2 février 1915. Même régiment durant toute la guerre. Passé à la 4ème section de C.O.A. (Commis et Ouvriers d'Administration du 4ème C.A.) le 2 janvier 1919 puis à la 6ème section le 20 février. Ce document a été rédigé par le "Centre d'abats" de Rethel (40 km nord-est de Reims) le 24 août 1919, où Pierre excerçait la fonction de boucher (métier appris avant 1914). A rejoint le Dépôt Divisionnaire de Bordeaux le 2 septembre 1919 (5 ans jour pour jour après son incorporation), puis retour à la vie civile.

EtatMora1

EtatMora2

Le texte de la citation (encre violette qui a vieilli) n'est pas visible sur cette reproduction du document

Ordre N°46
Citation à l'ordre du commandement de l'I.D.36
Le colonel commandant l'infanterie de la 36ème division cite à l'ordre de l'I.D.36
MORA Pierre, soldat à la 10ème Cie du 49ème R.I. matricule 1651

"Agent de liaison très dévoué et très courageux. Les 3 mai et 4 juin 1917, a fait l'admiration de ses camarades par son calme, son sang-froid et son courage, portant à plusieurs reprises les renseignements sous des bombardements intenses."

Aux Armées, le 30 juillet 1917
Le colonel Pinoteau, commandant l'infanterie de la 36ème division

CitMora

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30 octobre 2007

Nous nous éloignons un peu de Raymond dans ce sujet, mais après tout, il est toujours question du même régiment et donc de ses camarades. Il en a peut-être connu certains qui ont leur nom sur les croix de cette "18ème catégorie". Les visiteurs fidèles de ce blog (si si, il y en a...) ont pu voir le tableau excel "Tombes du 57" (colonne de droite, 02-Le bilan aujourd'hui). J'en ai choisi quelques unes, afin de montrer la diversité des styles selon les lieux et avec le temps qui passe sur certaines... Mais tout commence avec les croix de bois.

(Si certaines images ne s'affichent pas cliquez sur actualiser dans votre navigateur)

Croixbois

Je songe à vos milliers de croix de bois, alignées tout le long des grandes routes poudreuses, où elles semblent guetter la relève des vivants, qui ne viendra jamais faire lever les morts. Croix de 1914, ornées de drapeaux d'enfants qui ressembliez à des escadres en fête, croix coiffées de képis, croix casquées, croix des forêts d'Argonne qu'on couronnait de feuilles vertes, croix d'Artois, dont la rigide armée suivait la nôtre, progressant avec nous de tranchée en tranchée, croix que l'Aisne grossie entraînait loin du canon, et vous, croix fraternelles de l'arrière, qui vous donniez, cachées dans le taillis, des airs de charmille, pour rassurer ceux qui partaient. Combien sont encore debout, des croix que j'ai plantées ?
Mes morts, mes pauvres morts...
Roland Dorgelès - Les croix de bois

- Les traditionnelles des nécropoles nationales -

Plaques en métal, de la première génération et de la deuxième...
Douaumont et Ambleny
LEDIEU  GASCON

Plaques tordues dans l'emplacement trop étroit ménagé dans la pierre ?
Soupir N°1
LAMOUROUX 

Les nouvelles plaques qui remplacent peu à peu les anciennes trop corrodées
Soupir N°1
  MESPLEDE_Raymond

Photos de groupes et collection d'erreurs...
Soupir N°1
Le sergent ARRON Roger n'existe pas, il s'agit du sergent LEON Aaron Roger
FERNANDY c'est FERNANDEZ
OCHARD est OSSARD (il y a deux OSSARD ici, François et Pierre)
Il n'y a pas de RENAUD Jean, il s'agit de PENAUD Jean
enfin, il y a deux SAVARIAUD ici et non un seul (Gaston et Jean). Ouf !...
Soupir_Collective_1819

Douaumont
Vignaux, 57° RI - Mailler 101° RI (fiche sur SDG mais pas sur MDH)
Chambord tombé à Vaux (220° RI, Vaux, 06/09/1916 sur MDH)
VIGNAUX

Travaux en cours (été 2007), et à faire...
Cormicy et La Ferme de Suippes
Cormicy4  Suippes_La_Ferme

Mais pas toujours des croix
A Lemé-Le Sourd des pupitres, et à Compiègne une stèle de libre penseur
BUSNEL  DOYEN
Et aussi à Lemé-Le Sourd, une chose unique concernant les tombes répertoriées dans 57 nécropoles: Sur 10 inhumés du régiment, 7 ont des tombes dont les numéros se suivent, de 748 à 754. 

Nécropoles nationales de Hattencourt et de Rancourt dans la Somme
Le soldat CHEVALIER Alphonse Clovis est inhumé à Hattencourt ainsi que 80 de ses
camarades du 57ème R.I., mais aussi à 30 km de là, à Rancourt... Où il est le seul du régiment. Il est donc fort probable que le vrai soit à Hattencourt.
Mais qui est sous la croix de Rancourt ?
CHEVALIER2

Le même cas, LEFEVRE Louis Alexis, deux tombes
Souain-La Crouée et Suippes-Ville
Sans titre-2

Sans titre-1

Un autre cas à Soupir N°1
Tombe 2488, ...T Maurice et tombe 2494, GABET Maurice
Tous deux morts le 01-04-1915.
Le seul "...T Maurice" de l'année 1915 c'est GABET
Etonnant non ? Mais où est donc le vrai ?
T___BABET_Maurice

Et encore un doublon mais à Pontavert (Aisne)
extrait des gravures sur le fronton de l'ossuaire
VABIE et VABRE ne font qu'un... Le bon c'est VABRE
VABRE

A Vauxbuin
Un nommé ...AND Frédéric, 57ème R.I. Après recherches il s'agit de LEMARCHAND Frédéric
Tué le 31 mai 1918 à Saconin-et-Breuil (Aisne)
Le service des sépultures a accepté mes preuves et changé la plaque
Merci pour lui, et pour la famille... Si elle existe encore et si elle n'a pas perdu la mémoire
(A gauche avant, en 2007, et à droite après, en 2008)

LEMARCHAND-Blog

 Sainte-Ménehould (Marne), un alsacien nommé PASCAL...

Engagé volontaire le 24-08-1914 sous un nom d'emprunt
Mortellement blessé en Argonne le 02-08-1916
Outre le nom de guerre sur la plaque, confusion pour la date (24-08-1917) avec celle de l'engagement 24-08 ?

PASCAL

Pontavert, un tué en Belgique et inhumé dans l'Aisne...
Certainement POUDENX Jacques, 144ème R.I., tué à Pontavert le 17 septembre 1914
Mais pas Jean, tué à Lobbes le 23 août 1914
POUDENX

Cerny-en-Laonnois
Bonnin et Monville sous la neige - Décembre 2010 - Merci à Gilles Deschamps
(Cliquez pour agrandir)
Cerny_neige_blog

Senoncourt-les-Maujouy (Meuse)
GUTNER Walter, 57ème R.I.

Un cas peu banal dans un cimetière français, puisqu'il s'agit de GÜTTNER Walter, sous-officier à la 9ème compagnie du 57ème régiment d'Infanterie allemand (Unteroffizier, I.R.57). Blessé, il est fait prisonnier vraisemblablement le 23 août 1916 à Verdun (secteur Thiaumont) par le 71ème R.I. Il décède le 30 août à l'ambulance 9/2 installée à la ferme Maujouy près de Senoncourt.
Ne trouvant aucun GUTNER sur MdH, j'ai pensé à un allemand. Confirmation par Sépultures de Guerre, il était bien de nationalité allemande, aucune autre information. La suite grâce au forum Pages 14-18 et à son administrateur Joël Huret qui a trouvé GÜTTNER Walter dans l'historique de l'I.R.57 ainsi qu'une carte permettant d'identifier les régiments français en face. (Pour la petite histoire l'I.R.57 était à Lobbes, Belgique le 23 août 1914 lors de la bataille livrée entre autres régiments par le 57ème R.I.). Petit montage maison grâce aux photos prises par Frédéric Radet du forum.

G_TTNER_blog

Nécropole nationale des prisonniers de guerre de Sarrebourg (Moselle)
Initialement inhumés dans des cimetières de camps de prisonniers,
ils furent après guerre transférés à Sarrebourg
Une image assez rare, photo-montage des tombes de CHADENIER Philippe,
à Nuremberg puis à Sarrebourg

CHADENIER-blog

 - Les carrés militaires des cimetières communaux -

Les croix à la cocarde du Souvenir Français
Orléans, une classique, et Le Mans, dont la forme rappelle les croix de bois...
  DUBOIS

Des comme on n'en fait plus...
Forges-Les-eaux, Evreux, Rouen
TROMAS

Ancenis
Autre plaque du Souvenir Français
SF_Ancenis

 

Mais pas toujours des croix...
Saint-Maur et Nogent-sur-Marne
PITARD  SABATIER
Vincennes
PENOT

Bordeaux cimetière Nord
Une plaque avec une touchante erreur (l'apostrophe à Lobbes)
Plaque_PLESSIS

Cimetière Maritime de Rochefort
Autre type de croix - Et toujours les peintres... Ballanger Albert, faut le savoir...
Ballanger_croix   

Coup de coeur, le tout petit carré militaire de SAINT-PAUL (Gironde)
MASSIERE Jean, 57ème R.I., 1918, et AVISSE Claude, Algérie, 1955
Carr__militaire_de_St_Paul

Belgique, carré militaire du cimetière de Charleroi Nord
Autre style, rappelant la croix de guerre française ?
LANCELOT

Avize (Marne) - Champagne ! A la tienne Fernand !
Avize_blog
Le caporal CHIGNARD Fernand Henri est décédé à Avize suites blessures de guerre
le 23 octobre 1914 (23 septembre sur la plaque)
Sur Sépultures de Guerre il est au carré militaire du cimetière communal. Il n'y a pas de carré militaire... Trois tombes de soldats disséminées ici ou là dans le cimetière communal dont un 57ème RI, Chignard, du Maine-et-Loire... Tombe civile dirons-nous, certainement commandée par la famille à un atelier funéraire d'Avize. Elle est dans l'angle des deux murs en haut à gauche sur la photo (et visible en détails dans Tombes du 57, feuille "civiles" à la ligne 83). La plaque de marbre est brisée, certainement suite à une chute après rupture des clous rouillés qui la fixaient à la croix. Merci à Philippe Crozet qui s'est rendu à Avize à vélo (96 km au total), a trouvé la tombe et a reconstitué autant que possible le puzzle de la plaque brisée.
ICI REPOSE CHIGNARD....... CAPORAL AU 57EME DE LIGNE.......LE 23 SEPTEMBRE 1914
DE PROFONDIS

Limoges - Carré militaire du cimetière communal
Autres type de croix, et des plaques émaillées
ETCHEBARNE

Celle de DURAND Louis a disparu. Photoshop l'a retrouvée...

DURAND-Blog

Mayenne - Carré militaire
Croix aux angles adoucis, en belle pierre blanche au grain fin,
et une rareté, des plaques bleu horizon...
Mayenne_Plaque

Carré militaire de Mirambeau (Charente Maritime)
Des croix mais sans les plaques en cours de restauration ?
En attendant, celle de DUSSAULT Edmond, retrouvée grâce à Photoshop...
DUSSAULT_1 DUSSAULT_2

Carré militaire de Saint-Jean-de-Monts (Vendée)
Une petite merveille de mémoire. Autre style de croix et de tombes
avec des plaques aux inscriptions très précises
Carre_St_Jean_de_Monts

Carre_St_Jean_de_Monts_2

Carré militaire de Flévent (Pas-de-Calais)
Un peu à côté de la plaque...
FREMY Pierre n'était pas capitaine au 57ème R.I.
Il était 2ème canonnier au 57ème Régiment d'Artillerie de Campagne
Fremy

Cimetière communal de Coimères (Gironde)
Une plaque in mémoriam aux morceaux recollés, habitée par une jolie mousse
On discerne encore traits des visages sur les portraits en partie effacés par le temps
(Erreur sur la date de décès, lire 23 et non 22-8-1914)
Les frères Lagardère, Antoine Gabriel 144ème R.I. et Pierre Léonce 57ème R.I.
reposent au cimetière militaire français de Lobbes (Belgique)
Montage maison en guise de triptyque in memoriam
(cliquer sur l'image pour agrandir)

LAGARDERE Triptyque - Blog

Cimetière militaire français de Lobbes, Belgique
Deux tombes, ceux qui ont leur nom sur les croix ne sont pas desssous...
BEYRIE Henri - Prisonnier à Lobbes le 23 août 1914 - Revenu de captivité, décédé en 1939
LILLE André - Prisonnier à Lobbes le 23 août 1914 - Interné au camp de Hameln (Allemagne)

Beyrie-Lille-Blog

 




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