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Raymond est né le 28 septembre 1893, à Cachen (prononcez "Cachin"), canton de Roquefort, dans les Landes. Son premier prénom est Jean. Mais par une coutume répandue également dans d'autres régions, pour tout le monde il sera "Raymond". J'ajoute "Raymond de Laplace"... Le patronyme "Labarbe" pourrait avoir deux origines: Une normande, (homme qui devait porter une barbe remarquable), une autre landaise (un hameau, un lieu-dit portent le nom de "Barbe" dans la région de naissance de Raymond, un quartier de Mont-De-Marsan est nommé Barbe d'or...). Dans cette partie des Landes, les villages, petits bourgs, sont entourés d'un grand nombre de maisons disséminées dans les clairières de la forêt. Ces maisons, ces fermes, portent toutes un nom et on ne disait pas "Raymond Labarbe", mais "Raymond de Laplace". De là à penser que mes ancêtres lointains étaient "de la Barbe"... D'où le nom final... Amis généalogistes merci de vos lumières. Je serais étonné que des normands fussent descendus jusque là il y a trois siècles.

La coutume des prénoms "officiels" et "usuels" était antérieure à Raymond puisque son père était "Jean, Germain", et elle a perduré puisque le mien était "Jean, Camille", et que je suis "Jean, Bernard".
Famille de métayers. Logés, ils payaient leur loyer en produits des récoltes et de l'élevage. Contrôles par le propriétaire... Cette partie des Landes n'est pas la riche et riante Chalosse. Des forêts de pins à gemmer, des champs de seigle à l'époque, un peu de maïs, un cochon, de la volaille, une paire de boeufs. Pas de famine, mais le seuil de la pauvreté.
Le père de Raymond, Germain, catholique fervent, était pour les offices chantre à l'église de Cachen, mais aussi radical-socialiste, et membre du comité de Cachen. Ajoutons les instituteurs, les "hussards noirs de la république", et vous aurez une idée du "dressage" de Raymond comme de celui de tous ses camarades. Dans le vocabulaire ancien, le "dressage", c'est l'éducation, l'instruction,  cf "le dressage de l'infanterie" dans les manuels. La religion, Raymond n'en avait que son acte de baptême. Esprit rebelle ? La guerre serait-elle passée par là ? Sans être engagé en aucune sorte, ni militant ni syndicaliste, il sera plus tard d'opinion communiste, puis socialiste.
Dans les années 20 il a quitté Laplace avec ma grand-mère. Le patriarcat, la promiscuité, il avait vu "d'autres choses", connu des camarades d'autres horizons. Il avait des droits désormais.
Ils avaient tous des droits, les revenants de l'enfer. Ce fut la fin d'une époque.
Il est "monté à la ville". Après quelques emplois provisoires, il a intégré les sapeurs pompiers de Bordeaux. Encore soldat, soldat du feu. Et pour finir, après la retraite des pompiers, veilleur de nuit au magasin Prisunic. Encore de garde...
Un homme modeste, simple et droit.
De l'enfance, de l'adolescence je ne sais rien en détails. Juste une photo d'école primaire (Au centre).

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Et vient le conseil de révision...
N° registre de recrutement 1506. Subdivision de Mont-de-Marsan.
1m68, degré d'instruction: 3 (niveau école primaire)

Incorporé le 28 novembre 1913 au 144ème R.I. de Bordeaux.
Passé au 57ème R.I. le 17 décembre 1913 (pourquoi ? Allez-donc savoir...). Matricule 5856. Garnison à Rochefort, 2ème bataillon. Les 2ème et 3ème bataillons sont à Rochefort (17), le 1er à Libourne (33).
De novembre 13 à août 14, il va être "dressé"... Il le sera donc à point, jarrets solides et endurance, pour la grande aventure de sa vie.

Sur cette photo on peut voir des soldats du 57ème RI, à la même époque, en tenue d'instruction (bourgeron blanc). Ecole du soldat donc, avec tout ce que cela comporte d'apprentissages, d'exercices et de corvées, comme le savent ceux qui ont effectué leur service militaire. Avec des différences certes, dues à l'époque et particulièrement l'escrime à la baïonnette. C'est qu'elle est l'arme suprême du fantassin en 1914 ! Attention devant !... Des concours sont chaque année organisés et le 57ème R.I. est détenteur en 1913 et 1914 du challenge d'escrime à la baïonnette de l'armée française. Ca va lui faire une belle jambe comme aurait dit Raymond, bientôt, face aux mitrailleuses allemandes.

Rochefort, ville de garnison, est souvent animée par des défilés, des parades, et des concerts... Le 14 juillet 1914, la musique du 57ème donne un concert place Colbert. L'affiche a été réalisée par le commandant du régiment, le colonel Dapoigny lui même. Petit photo-montage maison, cliquez sur l'image pour agrandir. (Remerciements pour la photo de l'affiche à l'un de ses petits fils, Jean-Marie Dapoigny).

Concert

Au programme, Le rêve passe, toute une époque... A écouter ici

Et puisque nous sommes dans la musique, voici La marche du 57ème R.I.
(A écouter fort, le casque sur les oreilles à cause des voisins)

MUSIQUE !