26 avril 2006

LE DEPART

train

- 28 juillet 1914 -

L’Autriche déclare la guerre à la Serbie.

- 29 juillet -

Mobilisation partielle russe dans les régions frontières de Galicie autrichienne.

- 31 juillet -

Mobilisation générale en Russie et en Autriche.

- 1er août -

L’Allemagne déclare la guerre à la Russie et décrète la mobilisation générale pour le lendemain, mobilisation également décrétée en France.

A Rochefort, dans la cour de la caserne Tréville, le colonel Dapoigny, commandant le régiment, donne lecture du télégramme officiel aux officiers et soldats rassemblés (Couraud) : « ....Ordre de mobilisation générale. Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août...». Mais ni Raymond ni Constant ne peuvent écouter ce discours... En effet, grâce au cahier de Constant Vincent j'apprends que la 7e Cie (donc le 2e Bon ) était en garnison à la caserne Martrou occupée également par des marins (dépôt des équipages de la flotte). C'est le 3ème Bon qui était à Tréville, caserne occupée jusqu'en 1913 par le 7ème régiment d'infanterie coloniale transféré à Bordeaux d'où venait le 57... (En 1913 les 2ème et 3ème Bon quittent Bordeaux pour Rochefort, le 1er était déjà à Libourne). Bien compliqué tout ça...

- 2 août -

L’armée allemande pénètre en Luxembourg.

En France, c'est le jour de la mobilisation. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre, de maison en maison, de rue en rue, le tocsin sonne dans les villages des campagnes, les réservistes font immédiatement leurs valises. A Cachen aussi comme partout on entend le tocsin. Dans la campagne environnante les regards se portent aussitôt vers le ciel au dessus de la cime des forêts de pins, font un tour d'horizon, mais pas de fumée noire... La cloche de l'église n'appelle pas cette fois des combattants volontaires pour lutter avec des moyens dérisoires un de ces incendies tant redoutés dans les Landes. Il s'agit d'un autre combat, d'un autre ennemi, d'un autre feu...
Les clichés ne manquent pas sur l’enthousiasme contagieux des foules dans les grandes villes. Mais les paysans ont vécu cette mobilisation d’une toute autre façon.
Paul Cazin, 33 ans en 1914, nous a laissé un témoignage de la mobilisation dans un village de Bourgogne : « Je m’habillai et je sortis. Toute la haute ville pleurait. J’ai entendu dépeindre depuis lors, le joyeux enthousiasme de la mobilisation. Mais la première nouvelle fut ce qu’elle devait être, affreuse, dans les campagnes surtout, où la paix bénie fleurissait. Les cloches des villages s’étranglaient à sonner un tocsin d’épouvante. Jamais elles n’avaient annoncé pareil incendie, pareille inondation, pareil fléau. »

- 3 août -

L’Allemagne déclare la guerre à la France.

Arrivée des réservistes à Rochefort et à Libourne.

- 4 août -

L’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne.
En Algérie, les croiseurs allemands Goeben et Breslau bombardent les ports de Philippeville et de Bône. (A Philippeville, 12 coups de canons du Goeben à 5h du matin, 10 tués et 18 blessés).

- 5 août -

L’Autriche déclare la guerre à la Russie et le Monténégro à l’Autriche.
L’avant-garde des armées allemandes se met en place pour l’attaque des forts de Liège.

A Rochefort et à Libourne, le 57 est prêt à partir. Il compte 60 officiers, 179 sous-officiers, 3039 caporaux et soldats, soit 3278 hommes.
Un tel régiment d’infanterie en marche, formé en colonnes par quatre, a une longueur de 1860 mètres. Il met 20 minutes pour passer devant un observateur.
Le 18e CA compte environ 32000 hommes de troupe, 1000 officiers, 12000 chevaux, 2000 voitures attelées, 120 canons et 100 automobiles.

Grand état-major général
Ordre général N°2

Le général chef d’état-major général prend aujourd’hui 5 août le
commandement en chef des armées de la République.

Les conditions dans lesquelles les troupes de couverture se sont jusqu’alors acquittées de leur mission, le calme, l’ordre et la méthode qui ont présidé aux opérations de la mobilisation ont émerveillé le gouvernement et le pays tout entier.

Tout le monde a l’impression que l’armée est prête.

Aussi le général commandant en chef a-t-il une entière confiance dans ses troupes ; il compte que chacun fera son devoir, tout son devoir.

Paris, 5 août 1914, 5 heures.
Le général commandant en chef,
J. Joffre

- 6 août -

La Serbie déclare la guerre à l’Allemagne.

A la gare de Rochefort, Raymond embarque avec le 2e Bon à 04h30. Le 3e est parti à 02h30, le 1er quitte Libourne à 06h00.
De Rochefort, l’itinéraire passe par Niort, Thouars, Saumur, Tours, Orléans, Montargis, Sens, Bar-sur-Aube, Neufchâteau et la gare régulatrice de Bricon.

Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j'ai vu battre le coeur à nu
Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu'un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n'être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève

Roule au loin roule le train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
Déjà vous n'êtes plus qu'un nom d'or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s'efface
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri

Louis Aragon

C'est à Paris à la gare de L'Est. Une toile de 60 m² oeuvre d'un peintre américain, Albert Herter. Il l'a réalisée dans une grande salle vide du château de Versailles puis offerte en 1926 à la gare de l'Est en hommage à son fils, soldat de l'armée américaine, tué le 13 juin 1918 à la bataille du Bois-Belleau près de Château-Thierry. Cette oeuvre est tout un symbole, tout y est. Août 1914, le départ vers l'Est... A l'extrême droite du tableau, le peintre s'est représenté, c'est le vieux monsieur avec un bouquet à la main. A l'extrême gauche il y a une dame aux cheveux blancs les mains croisées, c'est sa femme. Au centre, un joyeux, le seul, lève d'une main son képi et de l'autre son fusil les fleurs au bout comme il se doit, les départs la fleur au fusil... Ce joyeux c'est son fils. Reprenons le tableau de droite à gauche: Un enlève sa capote, il fait chaud. Un soldat le fusil à terre le canon posé sur sa cuisse, embrasse ses enfants. Un couple s'étreint, l'enfant aggripé à la robe de sa mère, sous le regard d'un soldat derrière la vitre, que personne n'est venu accompagner. Une mère et un père effondrés, que tente de calmer la main d'un fils trop âgé pour être mobilisé. Le soldat debout qui embrasse son bébé. A côté de sa femme des enfants, les siens sans doute, une fillette un sac à provisions à la main, un petit garçon qui met des bouteilles de vin dans un autre sac semble-t-il. On n'en finit pas de détailler les personnages.
Merci monsieur Herter.

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Gare_de_l_Est

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D_part
Déjà vous n'êtes plus qu'un nom d'or sur nos places



Posté par Bernard Labarbe à 22:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]